La course sur tapis, l'ingrédient des champions ?

Votre record sur marathon stagne depuis quelques années et vous pensez avoir tout essayé pour le revoir à la baisse ? Ne vous résignez pas si vite, suivez plutôt les conseils de Jean Claude Vollmer.

L'homme qui façonnait les champions

Monsieur Vollmer, ce n'est pas n'importe qui. Sportif touche-à-tout (football, volleyball, gymnastique, rugby… Etc), la lumière, ce n'est pas son truc. Du moins, pas sur lui. Pour prendre connaissance de l'un des grands moments de sa carrière d'athlète, il faut le lui arracher. "J'ai été membre de l'équipe de France junior de 400 mètres et 4x400 mètres. J'avais quelques petites qualités, certes, mais rien d'exceptionnel". Pas de quoi en faire un plat, donc. À l'athlétisme, il a déjà consacré quarante-cinq années de sa vie. Côté coulisses, d'abord sur le sprint et les haies, c'est sous le prisme du demi-fond qu'on le connaît mieux aujourd'hui. Entraîneur à l'ASPTT Strasbourg, professeur d'EPS à l'UFR STAPS de Strasbourg, entraîneur national de 1993 à 1997, le poste de directeur du département haut-niveau à l'INSEP était la suite logique. Après sept années à ne plus avoir entraîné, Jean Claude Vollmer revient à ses premiers amours en 2010, le soir et entre midi et deux, sous l'impulsion du trio Bryan Cantero, Morhad Amdouni, et Hassan Chahdi. C'est à la demande de ce dernier (enfin plus souvent premier), toujours sous son aile, que le coach inclut dans ses méthodes d'entraînement un élément novateur, révélateur : le tapis de course.

Et le tapis fût !

Jean Claude Vollmer a beau avoir entraîné (quasiment) toute sa vie, c'est avec bienveillance qu'il accueille la demande du jeune Hassan : ajouter à ses plans d'entraînement des séances sur tapis, parce qu'il aime ça. "Le tapis de course est une découverte assez récente pour moi. Lorsque Hassan l'a évoqué, j'ai regardé cela de plus près et je me suis rendu compte que son utilisation était courante dans les pays nordiques et aux Etats-Unis. Et puis, même Paul Arpin (champion de France de cross-country en 1987) s'entraînait sur tapis l'hiver à Bourg-Saint-Maurice ! ". C'est ainsi que l'entraîneur se laisse convaincre. Il faut dire que l'INSEP, équipé de tapis de course, se prête parfaitement à l'exercice. D'ailleurs, question qualité de matériel, coach Vollmer est intraitable. "Il doit impérativement être qualitatif. Choisissez-le trop rigide, et c'est la périostite assurée. Le tapis idéal allie souplesse, capacité de roulement et d'amorti, adaptabilité des vitesses et bon étalonnage, et maniabilité de programmation ". Oui, c'est un budget.

Pour toutes les séances, ou presque !

"Sur tapis, on peut simuler toutes les séances". Du long, à la VMA, en passant par le fractionné, ce dont votre imagination rêve, le tapis vous l'offre (sauf vos jambes). Mais Jean Claude ne s'éparpille pas. Avec son élève, il n'utilise le tapis qu'à l'occasion de séances très qualitatives. "Nous y travaillons des allures spécifiques ou supérieures au marathon. Avant son record (2h09'55"), Hassan a effectué des séances à 21 km/h". En sachant que pour réaliser ce chronomètre au Marathon de Séville, l'athlète a couru à 19,49 km/h, soit 3'04 au kilomètre. Nous vous l'accordons, tout le monde n'est pas capable d'évoluer à cette vitesse-là. C'est bien pour cela que les champions de la discipline ne sont qu'une poignée, pas vrai ?

À quelle fréquence ?

"Les gens pensent que Hassan ne court que sur tapis ! " (rires). Bien entendu, c'est faux. Un péché mignon ne se savoure qu'à de rares occasions. Celles du coach et de l'élève ? L'échéance marathon, elle leur donne des frissons. "90% du travail est effectué en nature. On utilise le tapis lors de phases spécifiques et préparatoires au marathon et au semi-marathon". Chez le duo gagnant, le tapis n'est de sortie qu'une fois par semaine à l'occasion d'une séance test permettant de contrôler ce qui est acquis et ce qui ne l'est pas.

Si vous souhaitez, vous aussi, vous entraîner sur tapis pour aider vos jambes à imprimer une allure, veillez à ce que vos séances ne dépassent pas la trentaine de minutes. Privilégiez la qualité, pas la quantité. C'est le coach qui l'a dit.

Quels avantages ?

À part s'entraîner comme un grand champion, vous voulez dire ?

1 - Maîtrisez votre allure et votre récupération

Le vent, le dénivelé, les virages, les passants, sont autant d'éléments qui perturbent votre allure. "Sur tapis, on est sûr de garder l'allure et de la contrôler. Pour un footing, il est inutile de l'utiliser, en revanche, pour effectuer 2x20 minutes à 21km/h, là c'est intéressant ! ". Par ailleurs, régler précisément votre décélération vous empêche de marcher pendant vos récupérations. " On évite ainsi de faire chuter trop rapidement la VO2max ".

2 - Apprenez à composer avec vos douleurs musculaires

"Beaucoup de personnes croient que, sur tapis, c'est plus facile". À tort. "Il y a une thermie supplémentaire, car il n'y a pas de vent. Et puis, sur tapis, comme lors d'un marathon, ce sont les douleurs musculaires qu'il faut gérer, alors quand Hassan fait ce genre de séances, je sais qu'il est prêt ".

3 - Faire tomber vos barrières mentales

"Lorsqu'on court à l'extérieur et que c'est très dur, le cerveau a tendance à nous dire de baisser l'allure, voire de nous arrêter ". Sur tapis, vos barrières mentales s'amenuisent !

4 - Travaillez les côtes et les descentes

Trouver une côte comportant l'inclinaison et la longueur souhaitées n'est pas ce qu'il y a de plus évident. Avec le tapis, vous décidez de ces paramètres tout en choisissant votre temps de récupération. "Parfois, pour descendre une côte il faut compter deux minutes, ce qui est beaucoup trop long pour la VO2max ", tranche le coach.

Alors, la course sur tapis est-elle l'ingrédient secret des champions ? Figurez-vous que Jean Claude Vollmer ne divulgue pas l'information sans être intimement convaincu par sa véracité. Son cobaye de taille, et volontaire, Hassan Chahdi, suffit à lui seul pour en démontrer tous les bienfaits. "La course traditionnelle à l'extérieur et le tapis sont parfaitement complémentaires. C'est un plus très intéressant à exploiter ". Pas de doute, Hassan Chahdi a fait un adepte. Ensemble, sur la même longueur d'onde, c'est deux belles carrières que le duo peaufine. D'ailleurs, Objectif marathon, le dernier livre de Jean Claude Vollmer, vient d'être publié. Et devinez donc de qui est la préface ?

Publié le 09/07/2019