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Actualités
🎧 Ness hors-série #02- La crise, le bénévole et l'engagement
Que se passe-t-il dans le monde du bénévolat ? 27 % des bénévoles ont stoppé leurs engagements du fait de la crise sanitaire, pendant que 9 % se lançaient du fait de la pandémie. Au global, le nombre de bénévoles a chuté de 15 % entre 2019 et début 2022.
Cette baisse n'est peut-être qu'un simple à-coup dans l'engagement solidaire des français, mais il décrit aussi les lignes de fond des transformations en cours des modes d'engagement. Diagnostic de la crise, profil du bénévole post-Covid, enjeux de transformation des associations (90 % des 1,5 millions d'associations ne fonctionnent qu'avec des bénévoles), reconnaissance sociale et politique du bénévole... Ness interroge une experte du sujet, Cécile Bazin, directrice de Recherches & Solidarités. En trois épisodes courts à écouter séparément ou à la suite, vous saurez tout de la crise du bénévolat.
Bénévolat, un rajeunissement qui ne règle pas les problèmes de gouvernance
Crise ou transition du bénévolat ? Tout ne va pas bien au royaume de l'engagement désintéressé. Beaucoup d'associations peinent à renouveler leur gouvernance et le nombre de bénévoles associatifs a diminué entre 2019 et début 2022. Mais cette baisse pourrait n'être que transitoire et se résorber avec la confirmation d’un retour à la « vie normale ».
12 millions de bénévoles
Injonction paradoxale… A la sortie de la crise sanitaire, l’enquête La France bénévole conduite par Recherches & Solidarités pour France Bénévolat révélait que les associations avaient perdu 15 % de leurs bénévoles par rapport à 2019 soit environ 12 millions. Et pourtant, que n’avions nous vu sur nos écrans et dans nos vies, des manifestations de solidarités inédites et massives durant les phases de confinement. Premier élément de réponse, le bénévolat n’est pas qu’associatif et le don de temps a pu se transférer dans des actions informelles de proximité ou au sein d’autres organisations (Eglises, syndicat, établissements publics). Et ce alors même que les associations étaient contraintes à l’arrêt de leurs activités.

Transition générationnelle
Deuxième explication… La baisse a été particulièrement forte chez les retraités, qui représentent près de 40 % des bénévoles et sont les plus généreux en temps consacré. De fait, quand le nombre de bénévole de moins de 35 ans diminuait de 1 point entre 2019 et début 2022, il baissait de de 31 à 26 % chez les plus de 65 ans. Mais pour Cécile Bazin, il est urgent d’attendre. « L’enquête a été réalisée début 2022, alors que le retour à la normal n’étais pas totalement achevé », tempère-t-elle.
Turn-over à la Croix-Rouge
A la Croix-Rouge Française, on préfère parler de « transformation des envies d’engagement », plutôt que de « crise des vocations », explique Rémy Foulon, responsable du pôle Parcours d'engagement bénévoles. Le nombre de bénévoles n’a d’ailleurs pas baissé dans cette association, parmi les plus grandes de France (17 000 salariés, 68 000 bénévoles). Mais on constate un renouvellement générationnel : « la crise sanitaire a eu un impact sur les bénévoles les plus âgés et on peine à les voir revenir. C’est contrebalancé par l’accroissement de l’engagement des jeunes mais qui arrivent avec des envies différentes ».

Quête de sens à tous les étages
Un chiffre concentre l’attention du responsable de l’engagement bénévole : le taux de turn-over a sérieusement grimpé depuis trois ans avec près de 15 % de départs et arrivées. Cette nouvelle volatilité pose des questions. « Cela a un impact sur l’organisation des équipes locales et par ailleurs, à plus long terme, nous avons besoin de garder une base solide qui pourra monter en responsabilités, porter des projets de long terme », explique Rémy Foulon. Or, la tendance de la nouvelle génération est plutôt à l’engagement sur un projet, une action et sans engagement de durée. « Nous veillons à offrir une possibilité d’engagement sous toutes ses formes. Autant en accueillant les nouveaux profils de bénévoles qu’en permettant à des bénévoles de devenir salariés ou en encourageant les pratiques bénévoles dans les entreprises ».
Gouvernance associative
Selon le Paysage associatif français un quart des actions bénévoles se déroulent dans les associations sportives, puis les associations culturelles (22,1 %), de loisirs (20,7 %) et enfin les actions humanitaires, santé et sociales (15,7 %). Au total, 31 millions d’actions bénévoles sont réalisées par an. Le chiffre date de 2017 et il faudra attendre 2023 pour connaître l’impact de la crise sanitaire. Mais jusque-là, ce chiffre ne cessait d’augmenter avec un rythme tenu de plus de 5 % par an. Là où le bât blesse, c’est au niveau des instances dirigeantes. Présidence, trésoriers, administrateurs ou administratrices… C’est sur ces bénévoles pas comme les autres que repose la continuité du projet associatif et la stratégie de mise en œuvre tout au long de la vie de l’organisation. Bref, des bénévoles plus impliqués et plus « responsabilisés » que les autres. Or les associations souffrent depuis longtemps pour renouveler les membres de cette gouvernance. La moyenne d’âge des présidents et présidentes d’association est de 58 ans, mais 41,3 % ont plus de 65 ans. La tendance émergente d’un engagement bénévole « sans engagement » fait courir le risque d’un fossé générationnel qui se creuse avec des dirigeant associatifs vieillissants faute de candidats à la succession. Cela peut engager la survie d’une association de petite taille ou ne vivant que sur le bénévolat (cas de 90 % des 1,5 millions d’associations). Et pour les grandes, il faut anticiper.

Master class engagement
C’est pourquoi cinq grands réseaux associatifs (Croix-Rouge Française, Apf France handicap, Familles rurales, Ligue de l’enseignement, AFM Téléthon) coorganisent depuis cinq ans une Master class annuelle destinée à capter des talents issus des rangs bénévoles pour les accompagner vers la prise de responsabilité. « L’enjeu est double explique Axel Sengenès-Cros, responsable Croix-Rouge Jeunesse. Créer des liens entre associations et mouvements de jeunesse, mais aussi mettre en avant des jeunes de l’association et dessiner le visage des dirigeants de demain. »
Jeune et responsable
Cette Master class Engagement et gouvernance convie donc un weekend par mois, pendant un an, vingt-cinq jeunes (5 par réseau) à travailler un projet inter associatif de leur choix : « Nous avions travaillé sur le genre dans les associations et envisagé une formule de plaidoyer autour de la question des quotas, la considération du genre et de la transidentité », raconte Axel Sengenès-Cros qui a lui-même fait partie de la promotion 2019. « Cette Master class a été l’opportunité de mieux comprendre comment une association peut fonctionner, notamment sur le plan de la démocratie associative. Cela permet de légitimer des jeunes à la prise de responsabilité ultérieure, notamment dans un Conseil d’administration », résume-t-il. De tels dispositifs, très ciblés, illustrent le fond d’un enjeu de transition générationnelle chez les responsables associatifs où la cooptation, garantie de continuité du projet, ne doit pas étouffer les changements d’époque et l’évolution des enjeux sociétaux portés par la jeune génération.
Démocratie associative
L’animation démocratique des associations grandes ou petites est donc un enjeu fondamental de la vitalité du bénévolat. Car sans renouvellement des énergies, des associations disparaîtront, et ce renouvellement ne se fera que si la jeune génération est prête à prendre ses responsabilités.
Engagement bénévole, cohésion sociale et citoyenneté
Le Conseil économique social et environnemental a adopté en juin 2022 un avis consacré à l’engagement bénévole où il propose un certain nombre de préconisations afin de reconnaître et développer l’engagement bénévole en France. On y retrouve l’enjeu d’intégrer la reconnaissance des compétences acquises dans son travail bénévole au moment d’une valorisation des acquis d’expériences, au même titre que les compétences professionnelles. Un débat ancien qui a retrouvé une actualité au moment où Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat à l’ESS et à la Vie associative a annoncé défendre la mise en œuvre du principe dans un article de la Loi réformant l’assurance chômage. L’avis rappelle notamment l’urgence mentionnée, notamment par le Mouvement associatif de renforcer très sensiblement les fonds d’Etat alloués à la formation des bénévoles et d’ouvrir le Compte épargne citoyen (CEC) à tous les bénévoles quelle que soit la structure (association, mutuelle, syndicat…). Engagement bénévole, le CESE a adopté son avis | Le Conseil économique social et environnemental
🎧 Ness hors-série #02- Guillaume Boudé, quête de sens au boulot et en asso
Guillaume Boudé est bénévole aux Relais solidaires, un restaurant d'insertion à Pantin lié à un centre de formation et une association culturelle. Ce père de famille, salarié de la Croix-Rouge au rayon finances, trouve dans son engagement associatif une occasion de vivre la solidarité au plus près du terrain. Il y apprend autant qu'il donne et prolonge sa trajectoire de citoyen engagé qui abandonna son boulot dans la restauration rapide pour une quête de sens entamée, bénévolement, chez Médecins du Monde.
Les bénévoles sont majoritairement des retraités, plus de 40 % des présidences d'associations sont occupées par des seniors (plus de 65 ans), mais la pyramide des âges se rajeunit. Jeunes étudiants ou diplomés s'engagent fortement aujourd'hui. Et être parent, actif investi dans son travail, n'entrave pas nécessairement l'engagement bénévole. Le témoignage de Guillaume Boudé en est l'illustration.
Que fait l'ESS pour la neutralité carbone ?
{Hors-Série#2} Le bénévolat se transforme avec l'époque et avec les générations. La baisse constatée du nombre de bénévoles après la crise sanitaire est inquiétante, même s'il faudra vérifier qu'elle ne soit pas qu'un à-coup dans les tendances de fond qui ne démentent pas le désir des français de s'engager. L'engagement se transforme et les associations ont à s'adapter aux nouveaux profils de bénévoles, toujours actifs, mais plus volatiles aussi dans leurs lieux et temps d'engagement. Le Ness vous emmène à la découverte des nouvelles frontières du bénévolat dans son hors-série spécial Mois de l'ESS.
L'ESS pour positiver la neutralité carbone
[EDITO] L’ESS s’affirme régulièrement comme étant une économie de la transition écologique par les principes et valeurs qu’elle défend. Mais que peut réellement l’ESS pour contribuer à la neutralité carbone ?
Neutralité carbone
🎧 Libérez l'électron citoyen qui est en vous
[PODCAST] Les énergies renouvelables et citoyennes représentent un pouillème de la production d'énergie renouvelable en France. L'objectif de leurs promoteurs est d'atteindre 15% de la puissance installée d'ici 2030. Comment fonctionne un projet citoyen ? Comment atteindre ces 15% ? Ness a tendu son micro aux Rencontres nationales des énergies citoyennes.
🎧 L'ESS au cœur des scénarios de transition de l'Ademe
[PODCAST] Comment planifier une transition vers la neutralité carbone ? Jean-Louis Bergey, chef de projet Transition(s) 2050 à l'Ademe, fait la pédagogie des quatre scénarios imaginés par l'Ademe et analyse le rôle central que l'ESS doit jouer dans au moins deux d'entre eux.
L'ESS sur deux fronts vers la neutralité carbone
[ANALYSE] L'objectif de neutralité carbone est pharaonique et l'ESS semble peser peu en matière d'émissions de gaz à effet de serre. Et pourtant elle est attendue sur deux fronts. Celui de l'accompagnement des changements de comportement de consommation et celui sur la contribution au mix énergétique décarboné grâce aux projets citoyens qui sont en train de changer de modèle.
A l'ESS aussi de démontrer que le partage de la valeur est vecteur de transition.
Sobriété énergétique
Transition écologique
🎧 La transition c'est la santé !
[PODCAST] L'impact du dérèglement climatique sur la santé humaine est encore trop peu documenté. Lionel Fournier, directeur Santé et écologies chez Harmonie Mutuelle apporte son expertise et analyse comment une mutuelle de santé se doit d'agir dans la lutte pour le climat.
924000
[CHIFFRE CLÉ] La production d'électricité renouvelable prévue par l'ensemble des projets réalisés ou en cours, couvre les besoins de 924 000 personnes.
À lire, à voir, à étudier...
[RESSOURCES] Retrouvez les principales études, ouvrages qui nous ont aidés à réaliser ce numéro de Ness. Et les principales œuvres qui nous ont inspirées...
L'ESS pour positiver la neutralité carbone
[ÉDITO] L’ESS s’affirme régulièrement comme étant une économie de la transition écologique par les principes et valeurs qu’elle défend. Mais que peut réellement l’ESS pour contribuer à la neutralité carbone ?
L’ESS, à travers l’économie circulaire, son engagement dans la bio, les circuits courts, le commerce équitable défend une économie plus durable. Mais peut-elle peser réellement dans la grande marche vers un monde où l’on n’émettra pas plus de gaz à effet de serre que l’on peut en absorber sur notre planète ?
L’Ademe, le principal maître d’œuvre des politiques de transition écologique en France le dit. L'Agence a travaillé trois ans pour construire quatre scénarios possibles pour la Transition(s) en 2050 [ADEME - Transition(s) 2050]. Deux font référence, sans la nommer, à l’ESS. L’un trace la voix d’une société de la sobriété de nos consommations et de nos modes de production, l’autre évoque l’importance des coopérations territoriales pour réussir la transition.
L’ESS a donc un rôle important à jouer dans l’évolution de nos modes de vie vers une Société plus écologique. Mais le rôle de l’ESS ne s’arrête pas là. Dans l’un de nos podcasts vous comprendrez comment les énergies renouvelables citoyennes ambitionnent d’atteindre 15 % de la puissance installée en France d’ici 2030. Dans huit ans ! Un pari pas si fou qu’il en a l’air.
Alors bien sûr l’ESS n’est largement pas parfaite en matière de transition écologique. Et l’on pourra rappeler que l’économie sociale des années 70-80, à l’époque du Rapport Meadows, n’a pas été plus réactive que le reste de l’économie quand le Club de Rome tirait la sonnette d’alarme en 1972. Mais l’ESS d’aujourd’hui a une responsabilité importante dans la transition de demain car elle est en avance de phase sur la prise de conscience que l’urgence est là.
Neutralité carbone
[VIDEO] Meuh oui c'est simple à comprendre...
🎧 Ness#06-Ep.1 - Libérez l'électron citoyen qui est en vous
[PODCAST] Les énergies renouvelables et citoyennes représentent un pouillème de la production d'énergie renouvelable en France. L'objectif de leurs promoteurs est d'atteindre 15 % de la puissance installée d'ici 2030. Pour comprendre ce que sont les énergies citoyennes, leurs ambitions et leur capacité à impliquer les citoyens dans la transition écologique, Ness a tendu son micro aux Rencontres nationales des énergies citoyennes.
🎧 Ness#06-Ep.2 - L’ESS au cœur des scénarios de l’Ademe
[PODCAST] Jean-Louis Bergey, chef de projet Transition(s) 2050 dénoue pour Ness les fils des quatre scénarios prospectifs que l'Ademe a conçu pour atteindre la neutralité carbone. Sur quatre scénarios, deux font explicitement appel aux valeurs de l'ESS en prônant la sobriété de nos modes de consommation et de production et la coopération territoriale comme méthode de mise en œuvre de la transition.
Positiver la sobriété grâce à l’ESS
Les entreprises de l’ESS sont-elles exemplaires en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre ? Certes non. L’ESS peut-elle peser sur la neutralité carbone française ? Assurément oui. Ness vous explique tout et notamment en quoi cette économie sociale et solidaire pourrait rendre la sobriété énergétique - aujourd’hui synonyme de gestion de la pénurie - attractive et positive.
12 millions de bénévoles
La France est responsable de l’émission de Gaz à effet de serre (GES) équivalent à plus de 600 millions de tonnes de CO2 par an. Soit un peu plus de 9 tCO2 éq. par an et par habitant. La neutralité carbone qui nous aidera à juguler la hausse globale des températures en dessous des 1,5° C, fixe notre limite à 2 t CO2 par an et par habitant. Un objectif de division par plus de 4 à atteindre d’ici 2050.
Que pèse l’ESS dans ces émissions ? Le chiffre n’existe pas et il manque pour valider sans ambages que l’ESS est une économie de la sobriété. Mais au vu du peu de poids que représentent les activités industrielles, extractives ou énergétiques, l’ESS pèse probablement moins en émission de GES que les 6 à 10 % qu’on lui attribue dans le PIB français. Une hypothèse qui mériterait toutefois d’être validée et qui, quoi qu’il en soit, ne dédouane pas les entreprises de l’ESS de participer à l’effort collectif de réduction de nos émissions de GES.

Réduire les GES de l’ESS
A commencer par le secteur des coopératives agricoles (l’agriculture représente 19 % des émissions, derrière les transports avec 31 %), mais aussi les banques coopératives ou encore le secteur mutualiste qui, du fait de leur activité financière (investissements, prêts, placements…) portent la responsabilité d’exclure ou non de leur portefeuille des secteurs ou activités fortement émettrices.
A titre d’exemple, Harmonie Mutuelle, première mutuelle santé avec près de 5 millions d’assurés (ndlr : Harmonie Mutuelle ESS est l’éditeur de Ness) sécurise, comme toutes les mutuelles, les cotisations de ses assurés via des placements financiers. La mutuelle a adopté une stratégie climat ambitieuse en 2022 qui englobe la mise en cohérence du portefeuille d’investissements avec les objectifs de réduction de son empreinte carbone.
Un chantier complexe, comme l’explique Lionel Fournier, directeur Santé et Ecologie d’Harmonie Mutuelle, dans le podcast « La transition c'est la santé » qu’il nous a accordé : « Ce n’est pas facile avec une société française qui vit largement au-dessus des objectifs de l’Accord de Paris. Pour autant, notre direction des finances ne veut pas se payer de mots et fait un travail de documentation complexe pour évaluer l’impact carbone des entreprises, identifier quels objectifs se fixent ces entreprises et accompagner la décarbonation de ces activités. C’est ce qui nous permet d’avoir aujourd’hui un portefeuille dont l’impact carbone, traduit en évolution de la température, est quasiment un degré en dessous de la moyenne des portefeuilles d’investissement. On n’est pas encore au 1,5 degré, mais on avance… ».
L’ESS est donc bien dans le même bateau que le reste de l’économie. Les activités sanitaires et sociales et solidaires, majoritaires dans l’ESS, produisent, elles aussi leur empreinte carbone et certaines associations se lancent dans l’évaluation et la réduction de cette empreinte comme nous l’indiquait Stéphane Pareil, directeur de l’Arseaa dans notre précédent dossiers (écoutez le podcast : « L'ESS a-t-elle les moyens de séduire les Millenials ? »).

Croissance ou décroissance ?
Alors pourquoi l’ESS affiche-t-elle autant son adéquation aux enjeux de la transition écologique ? Il faut commencer par noter que l’histoire de l’ESS est faite d’époques, chacune marquée par une priorisation des enjeux sociétaux qu’elle poursuit. Comme l’évoque l’ouvrage épistolaire des Sibille, père et fils, Être radical, dialogue entre deux générations pour changer l’économie, l’économie sociale des années soixante-dix s’est construite dans le combat pour l’emploi et celui contre les inégalités. Antérieurement, le mutualisme et la coopération se sont organisés face à la prééminence du modèle capitaliste. Les sociétés de personnes favorisaient un meilleur accès aux droits, dont celui de consommer (ex. : La Maif issue de la nécessité pour des instituteurs d’accéder à des assurances auto à prix raisonnable). Bien que le Club de Rome ai publié son rapport sur Les Limites de la croissance en 1972, cette économie sociale « tardera à prendre le tournant écologique qui émerge dans les années quatre-vingts », estime Bastien Sibille, fils et co-auteur de Hugues Sibille et surtout fondateur de Mobicoop et président des Licoornes. Et ce n’est pas qu’une question de conscience environnementale, selon lui. Il relève que « l'ESS n'a pas résolu la question de la croissance sur le plan idéologique (…) des dirigeants de l'économie sociale sont restés dans le logiciel d’une croissance économique indispensable pour que la pauvreté soit résorbée ».
L’enjeu climatique apparaît il y a une quinzaine d’années dans l’ESS selon Bastien Sibille : « avec des entreprises comme les Fermes d’Avenir, ou encore, ce que je défends, des coopératives qui ont fait de la transition écologique le cœur de leur métier et se regroupent aujourd’hui au sein des Licoornes ». On y trouve notamment Enercoop, producteur et distributeur d’électricité verte dont le véhicule d’investissement et de mobilisation citoyenne Energie partagée ambitionne de représenter d’ici 2030 15 % de la puissance installée en énergies renouvelables en France (écoutez le podcast : « Libérez l'électron citoyen qui est en vous »).

Economie d’énergie ou économie de la sobriété ?
Peut-être faudrait-il élargir la chronologie du représentant des Licoornes. Notamment si l’on se souvient que les militants de la bio développeront des alternatives en empruntant les statuts de l’ESS dès le début des années 90 (Mouvement des Amap, Réseau des Biocoop) et que d’autres, au même moment, inventeront l’économie circulaire (Le Relais, Emmaüs, Envie) en identifiant la ressource de la seconde main comme vecteur d’activité et d’emploi. Mais ce détour historique permet de comprendre que l’ESS, sans avoir été « de tout temps » un chantre de l’écologie, a toujours recelé des principes d’organisation et d’action qui sont désormais identifiés par les promoteurs de la transition comme favorable à une économie de la sobriété.
De fait, si la question de la croissance n’est pas réglée au sein de l’ESS, « l’ESS porte en elle une forme de sobriété, explique Antoine Détourné, délégué général d’ESS France. Sa raison d’agir est de répondre à des besoins sociaux. Donc la question n’est pas de vendre quelque chose qui ne sert à rien et va générer des flux de matières, des flux logistiques, etc. Ça limite en soi le gaspillage que l’on peut constater dans notre société de consommation ».
Les scénarios de la transition écologique
Cette idée fait désormais son chemin hors des alcôves de l’ESS. La relocalisation des activités économiques et les circuits courts, la coopération des parties prenantes, la quête d’un bénéfice environnemental et social plus que financier apparaissent dans le champ de vision d’acteurs aussi centraux que l’Ademe. Ce chef d’orchestre dans la mise en œuvre des politiques publiques de transition, l’a en effet reconnu dans son travail prospectif Transition(s) 2050 qui trace quatre scénarios de transition possibles. Le premier « Génération frugale » et le deuxième « Coopération territoriale » sont les plus ambitieux en termes de réduction de la consommation et de la production tout en rendant cette réduction acceptable pour nos modes de vies. « Ces deux scénarios dressent un paysage qui est presque exclusivement porté par l’ESS. Si on globalise un peu ces deux scénarios, on évolue dans un monde où on essaie de consommer au plus près de nos besoins, on est dans l’économie circulaire, on est dans l’économie de matière, on est dans la réparation, dans le durable et le coopératif », nous explique Jean-Louis Bergey, chef de projet Transition(s) 2050 dans le podcast « L’ESS au cœur des scénarios de l’Ademe ».

Adoucir l’horizon de la sobriété énergétique
L’Ademe explique, en creux de ses scénarios de frugalité et de coopération, que l’ESS pourrait apporter à la transition écologique sa capacité à mutualiser l’effort de sobriété pour le rendre plus acceptable. Un enjeu fondamental et qui résonne fortement dans le contexte actuel où, l’appel à la sobriété entendu depuis la fin du mois d’août, est d’abord un appel à des actes individuels pour gérer le risque de pénuries. Pénurie d’énergie, mais aussi de toute une série de denrées de base comme le blé ou d’autres produits agricoles comme les pommes de terre dont la récolte a diminué de 25% en raison de la sécheresse.
L’ESS ne peut agir sur le temps court sur cet appel à la sobriété. En revanche, elle sait organiser les solidarités même dans l’urgence (cf. l’adaptation des actions de solidarité durant les phases de confinement) . Et surtout les modèles associatifs, historiquement, et plus récemment de société coopérative d’intérêt collectif (Scic) favorisent la concertation des parties prenantes et donc la mise en commun des enjeux pour les rendre réels et à portée d’action par les forces citoyennes, économiques et politiques. Et créer ainsi les conditions d’une sobriété organisée et acceptée collectivement.
Autrement dit, si l’ESS n’est pas exemplaire et meilleure élève que le reste de l’économie pour contribuer à la neutralité carbone, elle y est disposée et dispose des outils et des process aptes à engager de manière partagée et positive les transitions qui s’imposent. Un atout non négligeable quand on sait que toucher à nos modes de vies apparaît aisément comme une entrave à notre liberté individuelle et peut générer une réaction de rejet violent.
Sobriété énergétique
[VIDEO] Allez, un petit effort !
Transition écologique
[VIDEO] Accélérer, mais sans tourner en rond...
🎧 Ness#06-Ep.3 - La transition c'est la santé !
[PODCAST] L'impact du dérèglement climatique sur la santé humaine est encore trop peu documenté. Que font les mutuelles de santé et de prévoyance pour s'engager sur la voie de la transition de leur modèle et anticiper le risque climatique pour leur cœur de métier ? Lionel Fournier, directeur Santé et écologies chez Harmonie Mutuelle apporte son expertise et analyse comment une mutuelle de santé se doit d'agir dans la lutte pour le climat.
Les grandes ambitions des énergies citoyennes
[INFOGRAPHIE] L'ensemble des projets d'énergies citoyennes couvrent les besoins en électricité de près d'un million de personnes. C'est beaucoup et peu en même temps. Mais d'ici 2030, la puissance installée de ces projets devrait représenter 15 % des énergies renouvelables en France.
Béganne en Bretagne, 2014. Pour la première fois en France un parc éolien citoyen produit son électricité. Quatre éoliennes d'une puissance de 8 Méga watts crête (MWc puissance maximale possible) qui auront mis une douzaine d'années à sortir de terre grâce à la volonté d'un groupe de citoyens ralliés par 700 autres. Plus de 700 épargnants solidaires engagés pour déplacer des montagnes et créer un nouveau modèle de société de production d'énergie verte, fondée sur un actionnariat populaire et une gouvernance démocratique.
Les projets tels que Bégawatt se sont multipliés. A ce jour, 182 projets solaires, éoliens, hydrauliques ou encore de centrales à biomasse ont vu le jour et près d'une centaine d'autres sont en cours d'installation. Un mouvement s'est structuré pour huiler les process de réalisation, créer un véhicule d'investissement plus efficace. C'est Energie Partagée. La Scic Enercoop fait partie des fondateurs et près de la moitié de ses fournisseurs d'électricité sont des installations "Energie partagée".
C'est ce mouvement qui s'enorgueillit d'être en capacité de couvrir les besoins électriques (hors chauffage) de 924 000 personnes avec près de 300 projets.
Cela reste une poussière à l'échelle des besoins en énergie de notre pays. Les choses pourraient changer rapidement. Un projet d'un nouveau genre vient d'être lancé pour installer un parc photovoltaïque au sol d'une puissance de 40 MWc (soit 5 fois plus que le parc Bégawatt) sur deux parcelles de l'ancienne base aérienne de l'OTAN de Chambley
(écouter notre podcast "Libérez l'électron citoyen qui est en vous") . Ce qui change ? Le partenariat entre une collectivité territoriale (Région Grand Est, propriétaire du site), une entreprise privée chargée du développement et Energie partagée, chargée d'associer les habitants à la gouvernance du projet selon les critères d'un projet citoyen. Une telle coalition permet de déverrouiller la dimension des projets citoyens et d'insérer le projet dans une véritable dynamique de développement territorial.
D'autres projets du même type sont en phase d'émergence, ce qui permet d'envisager un fort développement de la puissance installée. Erwan Boumard, directeur général d'Energie partagée ambitionne d'atteindre 15 % de la puissance installée en énergie renouvelable d'ici 2030 en France.
Les énergies citoyennes sont peut-être en train de sortir de l'âge des pionniers.
Une étude, un podcast et une base de données pédagogique...
Retrouvez les ressources les plus inspirantes qui nous ont aidés à réaliser l'opus 6 de Ness.
Etude
Transition(s) 2050, choisir maintenant, agir pour le climat
Un rapport, fruit de trois ans de travail et un site internet pour l'expliquer. Transition(s) 2050 ADEME - Transition(s) 2050 vous fait découvrir et comprendre les quatre scénarios pour atteindre la neutralité carbone conçus par l'Ademe afin se projeter vers la neutralité carbone en 2050.
Podcast
Ce que l'Economie sociale et solidaire apporte à la Société
4e épisode : "Transition écologique"
Dans le quatrième épisode, du podcast "Ce que l'Economie sociale et solidaire apporte à la Société" (édité dans le cadre du Panorama de l'ESS), Antoine Détourné, délégué général d'ESS France explique en quoi l'ESS contribue, selon lui, à la transition écologique.
Durée :18'40
Site internet
Les émissions de gaz à effet de serre et l’empreinte carbone
Notre-environnement.gouv.fr est un portail public riche d'informations sur l'ensemble des enjeux environnementaux et notamment le dérèglement climatique. Découvrez-y une base de données à vocation pédagogique.
La grande métamorphose
[ÉDITO] La jeune génération a-t-elle le gène de l’ESS ? La question est stratégique aujourd’hui. D’ici 2026, près d’un salarié sur cinq de l’Economie sociale et solidaire partira à la retraite. Alors qui pour les remplacer et qu'est-ce que cela changera au visage de l'ESS ?
Les Zoomers ou les Millennials, quel que soit le nom qu’on leur donne, sont-ils prêts à prendre le relais ? A priori oui ! Puisque selon plusieurs études, les 18-30 ne veulent plus dissocier leur engagement professionnel des enjeux sociaux et environnementaux.
L’ESS aurait donc tout pour séduire cette nouvelle génération. Mais est-elle en capacité de répondre à tous leurs critères ? Par exemple, l’attractivité des métiers de l’ESS est-elle suffisante pour des Zoomers qui tiennent énormément à leur équilibre vie privée, vie professionnelle ? De même, ils assument leur part d’individualisme et une certaine versatilité dans les causes qu’ils défendent. Alors sont-ils prêts à renouveler les formes de l’ESS sans rompre avec les bases d’un entrepreneuriat solidaire parce que collectif et partageur ? Et ceux qui dirigent aujourd’hui l’ESS sont-ils capables de s’ouvrir à un renouvellement des formes d’actions et d’engagements notamment via les innovations numériques ? Dans l’interview qu’elle nous a accordé, la philosophe Gabrielle Halpern nous rappelle que l’hybridation générationnelle est au cœur du renouvellement du projet politique de l’ESS.
Alors, comment accueillir cette nouvelle génération et quels changements annonce-t-elle ? C’est la question que nous posons dans cet opus 5 de Ness.