-
Suggestions :
-
Suggestions :
Actualités
Congrès : l'ESS a ses raisons d’agir
[FOCUS] Le Congrès de l'ESS du 10 décembre intervient au terme du projet de République de l'ESS porté par ESS France et à quatre mois de l'élection présidentielle. A cette occasion une Déclaration des raisons d'agir sera proclamée et un premier débat aura lieu autour des enjeux électoraux de 2022.
Il y a des événements qui marquent plus que d'autres. C'est l'ambition du Congrès de l'ESS organisé le 10 décembre, dix ans après les Etats généraux de l'ESS qui avaient réuni près de 5000 personnes au Palais Brongniart, l'ancienne Bourse de Paris. Le Collège des Bernardins, à Paris, où se réunira ce congrès ne pourra accueillir que 450 personnes (une liste d'attente est toujours ouverte), mais l'enjeu n'est pas cette fois-ci dans la démonstration du nombre (voir notre infographie : 2011-2021, des Etats généraux au Congrès de l'ESS).
En 2011, ces Etats généraux, organisés par le Labo de l'ESS créé par Claude Alphandéry, avaient été l'occasion de faire corps autour du potentiel des organisations et entreprises de l'ESS à transformer l'économie sur des principes d'utilité sociale et de solidarité trois ans après une crise financière dont les conséquences sociales étaient encore prégnantes. La rédaction de centaines de Cahiers d'espérance par des groupes locaux avait permis de réaliser le foisonnement d'innovations sociales sur les territoires. L'ESS s'était comptée ce jour-là et avait partagé avec le grand public son potentiel et ses aspirations.
Une Déclaration partagée
Dix ans plus tard, le congrès poursuit deux objectifs principaux : affirmer une vision commune du monde que promeut l'ESS et peser dans le débat électoral présidentiel. Fruit d'une séquence ouverte en mai 2020 avec la République de l'ESS, une Déclaration des "raisons d'agir" sera proclamée le 10 décembre avec l'intention de renouveler les termes d'une vision commune à l'ensemble de l'Economie sociale et solidaire, et du monde à promouvoir au regard des enjeux d'aujourd'hui.
Les problèmes d'hier sont toujours là, voire amplifiés, mais leur appréhension sociale et politique a profondément mué. La transition écologique est devenue centrale dans les discours et la vitalité du modèle républicain est, elle aussi, devenue un sujet politique. Les valeurs de solidarité et d'universalité de ce modèle semblent parfois s'effacer alors que, sur le terrain, la solidarité ne s'est jamais exprimée de manière aussi forte et diversifiée comme nous l'ont montré les séquences de confinement.
L'Economie sociale et solidaire est un mouvement divers, une famille élargie, qui peine parfois à se retrouver sur des termes communs et directs. L'enjeu de cette Déclaration sera de produire une parole commune, claire et intelligible de son rôle et de son héritage dans le projet Républicain.
Enjeu présidentiel
A la suite de la proclamation des "raisons d'agir", un débat sera organisé à l'occasion d'une première expression des candidats à l'élection présidentielle, ou leurs représentants, autour des valeurs et actions portées par l'ESS. On y retrouvera, pour réagir aux propos des candidats, Claude Alphandéry, la philosophe Gabrielle Halpern, l'essayiste David Djaïz et la géographe et géopoliticienne Anaïs Voy-Gillis.
Les participants au rendez-vous
Les 450 places du congrès ont rapidement été réservées, « mais il est toujours possible de s'inscrire sur liste d'attente », insiste l'équipe d'organisation d'ESS France. Si la matinée est réservée aux organisations membres d'ESS France, l'après-midi débutera par une séquence de huit ateliers-défis "passer des paroles aux actes" dans la continuité des Agoras organisées par la République de l'ESS.
Biblio & filmographie pour tracer la route…
[RESSOURCES] Parler des nouveaux territoires de l’ESS nous a conduit à parler des territoires d’abord. C’est pourquoi nous vous invitons à découvrir quelques ressources qui nous ont inspirés ou ouvrent un peu plus le sujet, avec poésie ou humour, dans des livres ou sur grand écran…
Etude
Atlas commenté de l’Economie sociale et solidaire, éd. Dalloz Juris Association, 2020
Film, série
Un village presque parfait
réalisé par Stéphane Meunier, 2015
Fortunes
créé par Alix Delaporte, Stéphane Meunier, Bertrand Cohen, 2010
Livres
La France sous nos yeux
de Jérôme Fourquet et Jean-Laurent Cassely, édition Seuil, 2021
La renaissance des campagnes
de Vincent Grimault, édition Seuil, Essai
🎧 Ness#04-Ep.4 - Du Léman au Mont-Blanc, la transition passe par la coopération
[PODCAST] Le Pôle territorial de coopération économique Innovales est devenu un interlocuteur incontournable de la transition écologique dans la Vallée de l’Arve et l’ensemble du Genevois français. De la mobilité douce à la rénovation énergétique des bâtiments en passant par l’économie circulaire, cette association issue de l’insertion par l’activité économique traite avec les collectivités et les acteurs économiques pour renverser le modèle de développement de ce territoire entre Lac Léman et massif du Mont-Blanc.
La nouvelle topographie de la prospérité des territoires
L'ESS serait elle capable de relever le défi d'un nouveau dynamisme des territoires ruraux, des villes moyennes et influer sur l’économie des métropoles ? Les valeurs de l'ESS peuvent elles contrer les effets de la désindustrialisation dans les territoires désertés par les activités productives ? Les réponses sont autant dans la création d'activités et la conquête de nouvelles filières, que dans les modèles de coopérations territoriales qui affichent désormais des résultats tangibles dès lors qu’ils s’ouvrent à l’ensemble de l’écosystème économique.
En économie, tout comme sur le climat ou la lutte contre les inégalités, l'intention seule ne suffit pas. C'est pourquoi Ness vous propose ce dossier "S'il vous plaît... dESSine-moi un territoire" pour interroger le grand mantra de l'économie sociale et solidaire qui dit que l’ESS est une économie au service de son territoire, de son développement et producteur d'emplois garantis non-délocalisables.
Si l'on regarde les chiffres de l'emploi par département, (voir notre infographie) l'ESS pèse peu et beaucoup à la fois. En moyenne, l'activité des structures de l'ESS représente 10,1 % de l'emploi sur l'ensemble des départements dans une fourchette qui part de 4,8 % (Hauts-de-Seine) à 26,5 % (Lozère).
L'analyse détaillée des chiffres trace une carte dont les lignes isométriques suivent la courbe des inégalités, comme l'expliquent les auteurs de l'Atlas commenté de l'ESS, "notre étude met en évidence que l'ESS s'inscrit dans une approche par les inégalités, plutôt qu'une simple approche par la pauvreté monétaire." Autrement dit, là où les inégalités de revenus sont les plus fortes, là où l’accès aux droits (santé, mobilité, logement…) est en berne, l'ESS est plus présente qu'ailleurs.
Ce trait fait de l'ESS une économie au service du territoire au sens où, dans un contrepied total à la "rationalité économique", elle cible son implantation non pas en terme de marché potentiel, mais de besoins sociaux à satisfaire. C'est ce qui explique entre autre la présence ultra-majoritaire des associations d'aide à domicile dans les territoires ruraux tout en étant présentes dans les zones urbaines mais en concurrence avec les acteurs privés.
Le rôle des Scop

Cette quête de l'intérêt général a commandé le développement du tissu entrepreneurial de l'ESS, majoritairement sur des services à la population que ce soit pour la santé, l'aide sociale, la solidarité et plus récemment sur l'insertion par l'activité économique... Mais l'ESS est-elle en capacité de renouveler ce défi quand on parle des activités de production dont on attend qu'elles viennent compenser la désindustrialisation du pays depuis la fin des Trente Glorieuses ? De ce point de vue, le score n'est pas très élevé. Bien sûr, la coopération agricole a contribué au maintien d'une agriculture en France, même si celle-ci voit la courbe des fermes et des actifs agricoles diminuer tendanciellement.
Les Scop (on dit au aujourd'hui Société coopérative et participative puisqu'elles englobent les Scop, les Sociétés coopératives d'intérêt collectif et les Coopératives d'activité et d'emploi, mais on parlait auparavant de Société coopérative ouvrière de production) sont au nombre de 3611 et représentent 67 500 emplois (chiffres 2020). Quelques fleurons industriels comme Acome, un des leaders mondiaux de la fibre optique ou UTB et La Moderne, dans le BTP, sont là pour montrer que le modèle Scop fonctionne. Les Scop de l’industrie et du bâtiment représentent encore 51,3 % du chiffre d’affaires cumulé des Scop, mais les services (24,7 % du CA) comptent pour la moitié des entreprises coopératives désormais et près de 40 % des salariés (contre un peu moins de 35 % pour l’industrie et la construction).
Les entreprises coopératives vivent en définitive la même courbe que l’ensemble de l’activité économique avec un secteur tertiaire (service marchand et non-marchand ) qui regroupe une large majorité des salariés en emploi face à un secteur primaire (agriculture, industrie extractive) réduit à la portion congrue et un secteur secondaire (industrie, transformation…) qui ne cesse de diminuer (environ 17 % de l’emploi en France).
Bien que les Scop soient ancrées à leur territoire du fait même que les salariés qui y travaillent, en sont aussi les sociétaires et donc se préoccupent de maintenir et développer leur activité in situ, elles n’en sont pas moins prises dans la lente pente de la désindustrialisation.

Filières à haut potentiel
A ce stade, l’ESS apparaît donc d’abord comme une économie de services de tout ordre à la population, forte par ailleurs de sa présence conséquente dans les secteurs de la banque et de l’assurance santé. Certaines filières d’activités pourraient aussi, à l’avenir, générer un fort développement d’activité et d’emploi grâce à l’ESS. L’économie circulaire, par exemple, est un secteur où des entreprises sociales et solidaires se développent et prennent un rôle non seulement de pionniers, mais aussi d’acteurs industriels importants dans leur région. On peut citer le Groupe Demain (200 salariés) qui déploie son activité de tri et gestion des déchets sur le Jura et autour de Besançon.
Mais le cœur du réacteur d’une ESS au service de l’économie du territoire réside ailleurs que dans sa seule capacité à générer intrinsèquement de l’activité sur des filières qu’elle contribue à structurer. « L’Economie sociale et solidaire est définie, par la Loi de 2014 comme un mode d’entreprendre ET de développement, tout est là ! Cela veut dire qu’elle se soucie de son environnement extérieur », résume Timothée Duverger, professeur associé à Science Po Bordeaux dans notre podcast « ESS et territoire, mariage de raison, mariage fécond ? ». Cette préoccupation s’incarne dans des process (pour utiliser un terme propre à la Recherche & Développement) de coopération qui, depuis une dizaine d’années se diversifient avec des degrés de sophistication relatifs au contexte territorial. On parle de Pôle territorial de coopération économique (PTCE), Startup de territoire, Territoires French Impact.

Process de coopération
Les PTCE (voir notre DictioNess) ont été définis par la Loi Hamon de 2014. Mais les premiers prototypes apparaissent autour des années quatre-vingt-dix comme le Pôle Sud Aquitaine à Tarnos dans les Landes. « C’est l’un des PTCE qui s’est positionné, dès l’origine, sur les enjeux de reconversion industrielle et notamment par le développement de services de soutiens aux entreprises; comme celui de Tarnos, un des premiers dans le Sud des Landes. Ils ont fait face à la désindustrialisation, avec les difficultés des Forges de l'Adour puis l'industrie aéronautique. L'ESS a fourni des services autour de la formation, de l'insertion et l'emploi et a joué le jeu de l'adaptation de la main d'œuvre locale à ces industries. »
Laurent Rebière, alors directeur du Foyer de jeune travailleur de Tarnos (on parle aujourd’hui d’Habitat jeune) est à l’origine du PTCE avec Stéphane Montuzet, aujourd’hui Président de la Cress Nouvelle Aquitaine et, à l’époque chargé d’étude du Comité de bassin d’emploi (CBE). Ce CBE avait été lancé par les élus de Tarnos alors que des usines d’agrochimie mettent la clé sous la porte, obérant un peu plus les espoirs de trouver un emploi sur le territoire. « J'ai investi ce CBE de manière très active dans une stratégie de sensibilisation des élus pour repenser l’activité des jeunes et en essayant de porter des solutions », explique Laurent Rebière. Des Assises du développement réunissent élus, entreprises et monde associatif et débouchent sur l’identification de filières industrielles, dont le BTP, à promouvoir. S’engage alors, sous l’impulsion des acteurs de l’ESS (FJT, structures d’insertion) au sein du CBE la structuration des besoins en formation, mais aussi de mutualisation de moyens entre entreprises. Tout ce travail débouche sur la création de plusieurs Groupement d’employeurs pour l’insertion et la qualification (GEIQ), d’une couveuse d’activité, Interstice, devenue une Coopérative d’activité et d’emploi (CAE), mais aussi un processus de Gestion partagée des emplois et des compétences (GPEC) qui favorisent la faisabilité des nouvelles activités. D’autres besoins se font jour et, là encore, l’ESS offre, en lien avec le CBE, ses solutions. Par exemple un restaurant d’insertion inter entreprises est créé. Il emploie aujourd’hui 60 personnes et fournit 6000 repas par jour et sera l’une des premières Sociétés coopératives d’intérêt collectif (Scic) à être créée.
Créer l’écosystème coopératif
« Est-ce que nous avons permis d’éviter des délocalisations et des fermetures ? Parfois oui, parfois non », assume Laurent Rebière. Quand le Groupe Safran décide de moderniser son site de Tarnos (Turboméca), Pôle Sud Aquitaine a été en capacité de les convaincre d’intégrer le restaurant inter entreprises. « C’est devenu un facteur d’ancrage de Safran sur le territoire », souligne-t-il. Et quand l’Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM), un poids lourd au sein du Medef installe son site de formation à côté des locaux du PTCE, ils décident d’intégrer le Pôle qui lui-même s’est structuré au sein d’une Scic pour devenir un opérateur de la coopération territoriale made in ESS.
Incuber le territoire de demain

L’exemple de ce PTCE n’est pas le seul. On peut citer le Groupe Archer, actif désormais sur toute la zone entre Romans-sur-Isère et Valence (Drôme) et son PTCE Pôle Sud. Christophe Chevalier, PDG du Groupe Archer décrit la même méthode qu’à Tarnos : « seul le langage de la preuve permet de modifier les pratiques » martèle-t-il. Et la preuve est apportée aujourd’hui par la capacité du Groupe (parti d’un noyau d’associations d’insertion et de solidarité) à relancer la filière historique de la confection de chaussures qui a fait la richesse passée de Romans (découvrez cette histoire dans notre podcast « Romans, quand l’ESS relance l’économie de la chaussure »).
C’est aussi à Romans que nait la méthodologie de « Startup de territoire ». Le principe est simple : sur la base d’une culture de coopération bien installée sur le territoire et incluant le tissu entrepreneurial, les collectivités et les acteurs de l’ESS, la startup de territoire se charge de booster la création d’entreprises et donc d’emploi sur des activités, souvent en lien avec la transition écologique et répondant aux besoins actuels et anticipés du territoire. A Romans, une cinquantaine de projets sont accompagnés par an. Dans la Vallée de l’Arve, entre Sallanches et Chamonix, le PTCE Innovales, dirigé par Damien Gaucherand, s’est approprié le dispositif et accompagne aujourd’hui 24 entrepreneurs sur des activités en lien avec la transition et les enjeux d’adaptation au changement climatique. Un enjeu très sensible sur ce territoire touché par une pollution atmosphérique endémique et la fragilisation du tourisme alpin du fait du réchauffement. « La force d’Innovales est d’être en capacité de réunir l’ensemble des acteurs concernés autour d’une même table et de créer les conditions d’un faire ensemble », décrit Lionel Pelud, responsable du service économique du Pôle métropolitain du Genevois français, premier partenaire public d’Innovales.

Et les métropoles ?
Quid des économies des grandes métropoles, dont l’attractivité économique semble les éloigner des préoccupations de trouver d’autres modèles et notamment de la coopération ? Mahel Coppey, Vice-présidente de Nantes Métropole en charge des déchets, de l'économie circulaire et de l'économie sociale et solidaire et Présidente du Réseau des territoires de l’économie solidaire (RTES) estime que « dans ce moment de crise de vision et d'envie de société, sortir de ce mythe de l'attractivité de la métropolisation, qui va avec la compétitivité et l’excellence, devient un enjeu national des années qui viennent. Par exemple, si l’on prend la thématique alimentaire, de la fourche à la fourchette, la fragilisation des métropoles, au moment du Covid, démontre qu’il nous faut travailler nos systèmes alimentaires dans la proximité afin de les rendre plus résilients. »
Faire, pour convaincre. Dans les métropoles, comme dans les villes moyennes et les territoires ruraux, voilà la clé.
Industrialiser les process ?
Ces modèles de coopération territoriale peuvent-il se généraliser sur tous les territoires ? Mahel Coppey, identifie la pertinence de l'approche ESS en listant trois piliers : « une action territorialisée, qui s'appuie sur le pouvoir d'agir des habitants et avec une finalité autre que le profit. Vous pouvez [les] géolocaliser dans n'importe quelle situation, vous aurez toujours des réponses pertinentes. C'est un outil ultra-puissant ! Mais cela demande de la capacité d'animation et, surtout du temps. »
L’ESS ne parviendra donc à massifier son impact territorial qu’en écrivant son code source à la manière d’un logiciel libre. Dans celui de Tarnos, Romans et la Vallée de l’Arve on trouve d’abord une capacité réelle à mettre en œuvre les valeurs de l’ESS dans une ouverture aux autres acteurs du territoire, plutôt que d’être dans une stratégie défensive. Et pour chacun de nos interlocuteurs, c’est en partageant leurs valeurs ESS avec les moins convaincus, qu’elles ont le plus de chance d’infuser durablement le monde économique, loin de tout corporatisme.
Pour réaliser sa promesse l’ESS se doit donc de faire fructifier près de 30 ans de R&D en innovation sociale au bénéfice d’une nouvelle prospérité des territoires.
DictioNess#4, relocaliser l’économie
[VIDEO] A ne pas confondre avec…
🎧 Ness#04-Ep.3 - Romans, quand l'ESS relance l'économie de la chaussure
[PODCAST] Comment d'un petit groupe d’associations de lutte pour l'inclusion sociale et professionnelle, le Groupe Archer est-il devenu l'animateur de la renaissance de l'industrie de la chaussure à Romans-sur-Isère et un acteur central du développement économique du territoire et du Made in France ?
Explication avec Christophe Chevalier, son PDG.
L’ESS en congrès, de nouvelles raisons d’espérer
{Hors-Série#1} Ness vous propose pour finir l’année 2021 un numéro hors-série consacré aux attendus et résultats du Congrès de l’ESS qui se déroule le 10 décembre à Paris. Dans ce format particulier, nous vous proposons une analyse des enjeux et du contexte en amont de l’événement, et en aval un traitement à chaud post Congrès avec, entre autre, un podcast exclusif avec l’interview de Jérôme Saddier, président d’ESS France, au lendemain du Congrès.
👓 Congrès : l'ESS a ses raisons d’agir
[FOCUS] Le Congrès de l'ESS du 10 décembre intervient au terme du projet de République de l'ESS porté par ESS France et à quatre mois de l'élection présidentielle. A cette occasion une Déclaration des raisons d'agir sera proclamée et un premier débat aura lieu autour des enjeux électoraux de 2022.
📈 2011-2021 : des Etats généraux au Congrès de l'ESS
[INFOGRAPHIE] Besoin d’une antisèche ? Alors qu'ESS France réunit les acteurs et réseaux en congrès, révisez avec Ness les dates clés de l'Economie sociale et solidaire depuis les Etats généraux de l’ESS de 2011 avec notre frise chronologique.
🎧 Jérôme Saddier trace la voix de l’ESS
[PODCAST] C’est maintenant que tout commence. Jérôme Saddier, président d’ESS France, nous explique l’importance de la Déclaration des « raisons d’agir », ce qu’il en espère pour l’ESS et comment il envisage la suite, notamment l’échéance présidentielle.
🔍 Congrès : l'ESS paraphe son contrat républicain
[DECRYPTAGE] Ness vous livre tout ce qui s’est passé le 10 décembre. Ambiance, réactions, le Congrès de l’ESS comme si vous y étiez.
🎬 Florentin Letissier, l'interview Ness Press
Une caméra, deux questions, 90’… Florentin Letissier est le Maire-adjoint de Paris en charge de l'Economie sociale et solidaire et circulaire. Il est aussi Vice-président du RTES.
🎬 Claire Thoury, l'interview Ness Press
Claire Thoury, est la nouvelle présidente du Mouvement associatif depuis 2021. Elle répond au Ness Press le jour du Congrès de l’ESS. Une caméra, deux questions, 90'…
🎬 Victor Meseguer, l'interview Ness Press
Victor Meseguer, directeur de Social Economy Europe, réagit au lendemain de la publication du Plan d’action européen pour l’économie sociale
🎬 Marie-Sophie Desaulle, l'interview Ness Press
La Présidente de la Fehap nous dévoile sa série ESS et la raison d’agir de son syndicat employeur.
🎬 Grégory Huchon, l'interview Ness Press
Grégory Huchon est le directeur adjoint de la Cress Bretagne
🎬 Caroline Neyron, l'interview Ness Press
La directrice générale du Mouvement impact France répond aux deux questions du Ness Press lors du Congrès de l’ESS
🎬 Jean-Louis Bancel, l'interview Ness Press
Jean-Louis Bancel préside Coop Fr qui regroupe l’ensemble des coopératives françaises.
🎬 Jérôme du Boucher, l'interview Ness Press
Jérôme du Boucher est le coordinateur des Licoornes, un rassemblement de 9 Sociétés coopératives d’intérêt collectif dans la mobilité, l’énergie, la téléphonie, l’économie circulaire dont Enercoop, RailCoop, Commown, Mobicoop, Label Emmaüs, Citiz...
🎬 David Cluzeau, l'interview Ness Press
David Cluzeau est délégué général d'Hexopée, syndicat employeur sur les branches de l’animation, du sport, du tourisme social et familial et de l’hébergement et services aux jeunes travailleurs.
🎬 Hugues Vidor, l'interview Ness Press
Hugues Vidor est le Président de l'Union des employeurs de l'économie sociale (Udes) et directeur général d’Adedom.
🎬 Jean-Marc Pautras, l'interview Ness Press
Le délégué général du Centre français des fonds et fondations dévoile sa série ESS et la raison d’agir des fondations.
🎬 Louise Fourquet, l'interview Ness Press
Louise Fourquet est cofondatrice et Présidente du traiteur d’insertion Baluchon, elle nous répond lors du Congrès de l’ESS.
🎬 Sarah Rousseau, l'interview Ness Press
La directrice-adjointe de la Cress Occitanie se livre au Ness Press, suite au Congrès de l’ESS.
🎬 Frédéric Tiberghien, l'interview Ness Press
Frédéric Tiberghien est le Président de Fair, qui regroupe l’ensemble des acteurs de la finance solidaire et gère le label de la Finance solidaire.
🎬 Olivier Dupuis, l'interview Ness Press
Olivier Dupuis répond au Ness Press en tant que secrétaire général de la Fédération des entreprises d'insertion (FEI).
🎬 Maïmonatou Mar, l'interview Ness Press
La cofondatrice de Gribouilli, une association qui innove sur le champ de la garde d’enfants se livre au Ness Press.
🎬 Jonathan Jérémiasz, l'interview Ness Press
Il a été le président du Mouves entre 2017 et 2020, Jonathan Jérémiasz est désormais le porte-parole du Mouvement impact France.
🎬 Basile Michardière, l'interview Ness Press
Basile Michardière est le co-directeur de Makesense entrepreneurs, l’incubateur de projets de Makesense.
🎉 Les vœux 2022 de l’ESS pour l’ESS !
Que souhaitent les acteurs de l’Economie sociale et solidaire pour 2022 ?
L'ESS à la tête du plein emploi
{Dossier#7} Le taux de chômage a baissé à 8 % et certains envisagent le retour prochain du plein emploi. Qu’en pense l’Economie sociale et solidaire qui s’est construite, entre autres, dans le combat contre les inégalités générées par le chômage de masse ? Partage-t-elle cet optimisme, elle qui agit quotidiennement au travers de l’Insertion par l’activité économique, les « Territoires zéro chômeur » ? Comment perçoit-elle notre société du travail aujourd’hui ?
Les réponses à découvrir en décryptages, reportages et images dans ce nouvel opus !
Plein emploi, le retour ?
[EDITO] Le chômage, le travail, un emploi... dans les yeux de l'ESS, au-delà des chiffres.
Employeurabilité
Territoire zéro chômeur : la fabrique de l'emploi décent [1/3]
[PODCAST] Entretien avec Jean-Christophe Sarrot, co-auteur de Repenser l'emploi et responsable emploi et formation chez ATD Quart-monde. Le plein emploi selon les Territoires zéro chômeur c'est quoi ?
Territoire zéro chômeur : la fabrique de l'emploi décent [2/3]
[PODCAST] Jean-Christophe Sarrot, co-auteur de Repenser l'emploi et responsable emploi et formation chez ATD Quart-monde nous explique le secret de l'alchimie d'un territoire zéro chômeur.
Territoire zéro chômeur : la fabrique de l'emploi décent [3/3]
[PODCAST] Territoire zéro chômeur de longue durée, dispositif de retour à l'emploi ou modèle territorial pour penser l'emploi autrement ?
IAE
Débuguer la formation professionnelle avec Simplon [1/3]
[PODCAST] Entretien avec Frédéric Bardeau, président et cofondateur de l'école de formation aux métiers du numérique Simplon qui nous dévoile comment créer les ponts entre personnes éloignées de l’emploi et entreprises du numérique.
Débuguer la formation professionnelle avec Simplon [2/3]
[PODCAST] Frédéric Bardeau, président de Simplon nous explique comment accompagner une personne sans formation vers un diplôme Bac+2 ou +3 voire Bac+5 sur des métiers du numérique.
Débuguer la formation professionnelle avec Simplon [3/3]
[PODCAST] Pourquoi une entreprise de l’ESS est-elle mieux armée pour se développer sans jamais dévier de sa mission socio-économique ? Les réponses de Frédéric Bardeau, président de Simplon.
Du plein emploi à l'emploi décent pour tous
[ANALYSE] L'ESS rappelle que le plein emploi ne rime pas avec emploi pour tous, si on n'y met pas une forte volonté d'inclure les plus éloignés en faisant coïncider besoin d'emploi et demande de travail.
60,4 %
[CHIFFRE CLE] L'ESS ce sont des modèles pour l'inclusion, mais c'est aussi un employeur qui pèse, notamment dans le secteur du Care...
Remettre l'emploi au centre du village [1/3]
[PODCAST] Juste de l'autre côté du périphérique lyonnais, le quartier Saint-Jean de Villeurbanne tente de remettre l'emploi au centre du village en étant l'un des premiers Territoire zéro chômeur de longue durée. Reportage…
Remettre l'emploi au centre du village [2/3]
[PODCAST] Dans cette deuxième partie, Elise Briançon-Ngabonziza, de l'association Le Booster, nous explique en quoi consiste la gouvernance territoriale des politiques de l'emploi sur le quartier Saint-Jean, rouage essentiel pour atteindre l'objectif de zéro chômeur de longue durée.
Remettre l'emploi au centre du village [3/3]
[PODCAST] Dans cette troisième partie, nous discutons avec Paul Bruyelles, directeur d’Emerjean et Mathieu Garabédian, adjoint au Maire de Villeurbanne en charge des Solidarités et des quartiers populaires. Que signifie l'objectif de Plein emploi quand on vit au quartier Saint-Jean ? Quels sont les résultats du Territoire zéro chômeur et que reste-t-il à faire ?
Plein emploi
Des livres, des études et quelques films...
[RESSOURCES] Comment comprendre et penser notre société du travail ? Avec fond et inspiration !
Plein emploi
[VIDEO] Le plein emploi désigne une situation où le chômage atteint un taux suffisamment faible (en dessous de 5 %) qu'il est considéré comme résiduel. Mais attention aux illusions d'optique...
Une qualité de vie au travail stable dans l’ESS malgré des inquiétudes
La 4e édition du Baromètre national de la qualité de vie au travail (QVT) dans l’ESS révèle un ressenti globalement stable tant pour les salariés que pour les dirigeants. Le sens du travail reste un moteur pour des salariés qui décrivent tout de même, pour une partie d’entre eux, une dégradation de leur QVT.
6,2/10 pour les salariés, 7/10 pour les dirigeants. Les notes sont identiques en 2019 comme en 2022 et ce, malgré la crise sanitaire qui a pourtant touché le quotidien de nombreux professionnels de l’ESS placés en première ligne (aide à domicile, handicap, secteur médico-social…). Il ne faut pourtant pas en conclure que rien ne change au pays de l’ESS.
En effet, ces notes représentent la moyenne de l’ensemble des près de 5000 répondants au 4e baromètre de la qualité de vie au travail dans l’ESS, réalisé par le pôle d’expertise dédié à l’ESS d’Harmonie Mutuelle. Un cinquième des salariés et un quart des dirigeants relèvent une amélioration de leur qualité de vie au travail, tandis que 46 % des salariés et 40 % des dirigeants notent, quant à eux, une dégradation de leur quotidien professionnel.
Cohésion d’équipe
Une chose est sûre, malgré les difficultés, l’ambiance d’équipe fait beaucoup dans l’amélioration de la QVT. C’est la première raison invoquée tant par les salariés (46 %) que par les dirigeants (40 %). La cohésion d’équipe est d’ailleurs saluée par plus de 70 % des répondants dans l’ensemble de l’ESS. La mise en place du télétravail est la deuxième raison la plus citée, devant les changements organisationnels.
Mais ces mêmes changements sont, pour d’autres, le premier facteur de dégradation, devant la rémunération et l’ambiance de travail.
Les dirigeants portent un regard inverse. Les changements d’organisation se classent en troisième position des motifs de dégradation de la QVT tandis que c’est le deuxième facteur d’amélioration.
Pratiques du changement
Ce gap entre salariés et dirigeants s’explique par la position même que chacun adopte dans l’entreprise. Les premiers motifs de dégradation de la QVT exprimés par les dirigeants sont les relations avec les pouvoirs publics, puis le manque de moyens financiers.
Deux facteurs moins visibles du point de vue des salariés mais ils en ressentent les conséquences dans leur quotidien professionnel. Les changements organisationnels sont souvent déclenchés du fait des tutelles publiques dans des secteurs où l’activité est très encadrée. La baisse progressive des financements publics (ils ne représentent plus que 40 % en moyenne dans le budget des associations) est en soi une contrainte qui pèse sur l’organisation du travail.
Améliorer la participation des salariés
Le défi pour les structures de l’ESS résiderait donc dans le partage des enjeux de transformation par les salariés et les dirigeants et leur capacité à « coconstruire les solutions organisationnelles », comme l’explique Isabelle Boyer, manager de transition du cabinet Prométhée-partners et spécialiste du secteur associatif. Le baromètre, publié par Harmonie Mutuelle ESS, constate en effet que la moitié des salariés (49,8 %) regrettent de ne pas être suffisamment associés à la conduite du changement, alors que 88 % des dirigeants se disent satisfaits sur ce point.
Cette juste participation des salariés permettrait de « relier les contraintes qui s’imposent aux directions à leur impact sur les situations de travail », explique Pascal Ughetto, sociologue et spécialiste des transformations du travail qui a été associé à la réalisation du baromètre. Un défi de taille qui s’impose, par ailleurs, afin de renforcer la capacité des employeurs à fidéliser leurs équipes.
Pour en savoir plus : https://www.harmonie-mutuelle.fr/ess
Pourquoi il est temps d’enclencher sa transition
[EDITO] A lire pour savoir, en deux minutes, pourquoi la transition écologique représente autant un défi qu’une opportunité pour toutes les organisations de l’ESS.
Il y a une véritable urgence pour les organisations de l’ESS à se lancer dans une démarche de transition écologique de leur modèle qu’il soit associatif, coopératif ou mutualiste.
Le terme d’urgence est peut-être galvaudé. Nous vivons une époque où les urgences sociétales sont multiples et s’entrechoquent jusqu’à entrer dans une concurrence malvenue. Le monde associatif la vit au quotidien : la baisse globale des moyens alloués à la réalisation de l’intérêt général, couplée à l’augmentation des besoins (précarisation, augmentation de la pauvreté, vieillissement de la population, perte du lien social…) crée une pression sur les activités portées par les associations qui peinent déjà à réaliser leur mission sociale.
Atteindre ses objectifs d’activité se fait au détriment, souvent, de la qualité de service, de la qualité de vie au travail des salariés et annihile toute capacité de se projeter au-delà du court terme, de penser l’évolution de son projet associatif. Il reste alors peu de place pour penser son rôle dans la lutte pour limiter le réchauffement planétaire.
Et pourtant… l’urgence sociale ne devrait pas être mise en balance avec l’urgence climatique. Tout simplement parce que l’inaction écologique est un facteur d’accroissement des besoins sociaux. C’est ce que nous disent Aurore Médieu d’ESS France et Jean-Sébastien Tronchon de la coopérative ImmaTerra : quel sera le quotidien d’un centre de loisirs, l’été sous des canicules de plus en plus longues et sévères ? Comment envisager la prise en charge des personnes vulnérables alors que les accidents climatiques se multiplient ? Comment rendre toujours plus accessible des services sociaux si les déplacements sont rendus plus difficiles ou limités parce que polluants ?
Ce numéro de Ness, se veut pragmatique. Il partage autant les arguments de ceux qui défendent la nécessité, pour toute organisation de l’ESS, de monter dans le train de sa propre transition que des pistes de solutions pour agir concrètement. Réaliser un bilan carbone est-il un bon point de départ, que faut-il en attendre ? Pourquoi la transition écologique est l’occasion de requestionner sa raison d’être ? Comment embarquer ses équipes salariées et bénévoles pour une stratégie climat performante ?
Au travers de témoignages et d’un reportage dans des structures engagées, notamment dans le secteur médico-social, comme l’Udaf 34, vous découvrirez qu’une transition écologique peut se faire pas à pas, sans excès et peut se révéler vecteur d’opportunité pour repenser son utilité sociale.
Un dossier pour devenir acteur de la transition en y apportant l’indispensable dimension de la justice sociale.
Aligner les planètes de la transition dans l’ESS
[DECRYPTAGE] La transition écologique des organisations de l’ESS est une priorité face à l’urgence climatique. L’obstacle parait immense pour beaucoup, mais certaines se sont lancées. Autre signe encourageant : les fédérations et têtes de réseaux sont de plus en plus nombreuses à s’organiser pour accompagner leurs membres dans la grande aventure de la transformation écologique de leur modèle.
Il est temps. Les associations, coopératives, mutuelles, sociétés commerciales de l’ESS, quelle que soit leur taille doivent se mettre à la page de l’enjeu climatique. Comme l’explique Aurore Médieu, responsable du Pôle transition écologique d’ESS France, «On est obligé de se poser la question de comment on mène nos activités, au regard de la société qui nous entoure. Et se pencher sur sa transformation écologique interne, ça peut être une opportunité de marché pour l'organisation, par exemple dans le cadre des clauses environnementales qui se développent dans les marchés publics.»
L’enjeu est de taille et peut faire reculer plus d’une association déjà préoccupée par la nécessité de diversifier de plus en plus ses ressources sous l’effet de la baisse structurelle des financements publics. Les derniers chiffres établissent à 41 % la baisse des subventions entre 2005 et 2020. D’autant que l’effort de réduction de ses propres émissions peut paraître bien faible, si l’on se compare aux industries les plus polluantes.
Et pourtant l’impact CO2, même dans le médico-social est réel. The Shift Project a évalué sur l’année 2022 l’empreinte carbone du secteur de l’autonomie en France, un secteur où l’ESS assure environ 50 % de l’activité (90 % dans le handicap, 60 % dans l’aide à la personne, 30 % des Ehpad). Elle s’élève à 10 Millions de tonnes de CO2 par an. Ce n’est que 1,5 % des émissions françaises, mais c’est équivalent aux émissions de la production de ciments et bétons (10 millions de tonnes).
Bilan carbone ou pas ?
Pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre, il faut pouvoir se situer. Toutefois cette évaluation ne sert que de point de départ pour agir. Réaliser un bilan carbone ne doit donc être ni insurmontable (coût, compétences…) ni une fin en soi. « Le bilan carbone sert à disposer d’un indicateur chiffré et de savoir où se localisent vos émissions », résume Hervé Lefèbvre, chef du Pôle Trajectoire bas carbone à l’Ademe. « Il ne faut pas chercher l'excellence dès le début, d'autant qu'il ne s'agit pas de se comparer à un autre mais bien à soi-même », rassure Lionel Fournier, directeur du Développement durable du Groupe VYV. De ce point de vue, Valoress, l’outil d’évaluation mis en place par l’Union des employeurs de l’économie sociale et solidaire (UDES) est une aide pour réaliser ses premiers pas dans l’évaluation carbone.
Et la nécessité de disposer d’un bilan carbone risque de s’imposer progressivement avec l’obligation, pour les grandes entreprises ou administrations publiques, d’intégrer dans leurs émissions, celles émises sur toute leur chaîne de valeur : « Il y a un effet boule de neige, résume Hervé Lefèbvre. Les grands donneurs d’ordres se retournent de plus en plus vers leurs fournisseurs pour connaître leur empreinte carbone. »
Les réseaux s’y mettent
La bonne nouvelle est que le contexte s’améliore. A commencer par les fédérations et têtes de réseau de l’Economie sociale et solidaire qui ont saisi ce temps de l’histoire. A titre d’exemple, Le mouvement des Scop en a fait l’un de ses axes stratégiques depuis son dernier congrès en 2023 avec un objectif de connaissance plus fine de ses impacts et d'outillage (ce qui inclus l'enjeu du financement des Scop. La Fehap, elle, s’engage dans des plans ambitieux de rénovation énergétique des établissements et l'UNA, un des principaux réseaux de l'aide à domicile a intégré la décarbonation du secteur dans son programme de modernisation... Tout comme Hexopée, syndicat employeur de la branche Eclat : « l'exemplarité s'applique d'abord à nous, syndicat employeur, explique Anne-Claire Devoge, de Hexopée. C'est pourquoi nous avons initié une démarche en notre sein pour que, ensuite, que nous puissions mobiliser nos adhérents. »
ESS France s’est aussi résolument engagée sur la transition écologique avec, entre autres, la coanimation d’un Centre de ressources DLA sur la transition écologique avec France nature environnement. Il doit servir à intégrer la préoccupation de la transformation écologique dans tout type d’accompagnement financé par le Dispositif local d’accompagnement .
Réinterroger son objectif social
Jean-Sébastien Tronchon de la coopérative ImmaTerra, accompagne des structures de tout type sur ce chemin de la transformation écologique. C’est de plus en plus souvent le point d’entrée des organisations qui nous contactent. Mais quoi qu’il en soit, la question à se poser pour guider sa transformation c’est « à quoi vous servez ? L'important c'est de rester amoureux de votre problématique associative ou d'utilité sociale et pas seulement de la solution que vous avez créée. Parce que le monde évolue et ces solutions évoluent, ainsi que les moyens à mettre en oeuvre. »
« Si nous avons pu embarquer les équipes à partir de 2019 dans notre évaluation carbone, c’est parce qu’on l'a ramenée à l'activité, l'enjeu pour la santé », confirme Lionel Fournier qui est aussi le directeur Santé & Ecologies d’Harmonie Mutuelle.
Cette posture stratégique est le meilleur moyen d’abattre le mur que peut représenter l’objectif de neutralité carbone en donnant un sens « métier » à la transformation écologique de l’organisation. L’Udaf 34 est l’un de ces pionniers de la transformation écologique. Cette association qui agit sur l’ensemble de l’Hérault dans la protection de l’enfance ou encore l’accompagnement de majeurs sous tutelle s’est lancée en 2010. « A partir du moment où notre métier est de protéger les personnes en situation de fragilité, il était cohérent de se préoccuper des générations futures », résume Marc Pimpeterre, son directeur général. L’une des transformations a été de recréer de la proximité entre les professionnels et leurs bénéficiaires. « Nous avions deux antennes à Sète et Béziers et nous en avons créé une troisième à Lodève. Résultat, près de la moitié des salariés vit à moins de 7 kilomètres de leur lieu de travail », se réjouit le directeur. Le résultat est double, voire triple : les émissions dues au déplacement ont largement diminué, le service aux personnes est plus efficace et la qualité de vie au travail des salariés s’est améliorée.
La transformation écologique des organisations dépasse dès lors largement la comptabilité de ses émissions de GES et les actions de réduction. Par contre elle leur donne un sens qui est un levier puissant pour l’action car elle favorise l’appropriation de la démarche par l’ensemble des parties prenantes et donc l’efficacité du projet de transformation.
NB : les citations de Hervé Lefèbvre, Anne-Claire Devoge et Lionel Fournier sont issues d'une conférence organisée par Harmonie mutuelle ESS lors du Forum national des associations 2023 intitulée " Comment et pourquoi faire son bilan carbone lorsqu'on est une association"
10 M t éq. CO2
[INFOGRAPHIE] Le secteur social et médico-social représente une part majoritaire des activités des structures de l’ESS, mais nous n’en connaissons pas l’empreinte carbone. Une étude commanditée par la CNSA met en lumière celle du secteur de l’autonomie où l’ESS est très présente.
Autant que le béton
L’étude est inédite. Produite par The Shift Project à la demande la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) et l’Ecole nationale des dirigeants de la protection sociale (EN3S), elle révèle l’empreinte carbone du secteur couvert par la branche autonomie (vieillissement, handicap). 10 millions de tonnes en équivalent CO2. Ce qui représente 1,5 % des émissions françaises.
Cela peut paraître peu, mais une équivalence est parlante : le secteur de l’autonomie émet autant de gaz à effet de serre que la production de béton et de ciment en France. L’accueil en Ehpad couvre 60 % de ces émissions, l’accompagnement de l’autonomie des personnes en situation de handicap représente 27 % et l’aide à domicile 13 %.
Si l’on met en regard ces chiffres avec le poids de l’ESS dans chacune de ces activités (voir infographie), il est raisonnable d’évaluer à, au moins, la moitié des émissions qui revient à des organisations non-lucratives et donc de l’Economie sociale et solidaire.
Plan de décarbonation
L’utilité d’une telle étude est qu’elle va permettre d’enclencher la réflexion et la mise en œuvre d’un plan de décarbonation du secteur, à l’initiative du financeur de la branche, la CNSA. « D’ici le mois de juin, nous aurons estimé le coût d’une planification écologique du secteur et proposé des arbitrages sur le partage du coût avec l’Etat », souhaite Vanessa Wisnia-Weill, directrice du financement de l’offre à la CNSA. Des arbitrages qui pourraient se concrétiser dans le prochain Projet de loi de financement de la Sécurité sociale et qui devrons inclure les Départements qui assurent la solvabilisation de l’offre à travers l’administration de l’Allocation adulte handicapé (AAH) et l’Allocation personnalisée d’autonomie (APA).
Dans les grandes masses, l’empreinte carbone du secteur se répartit en quatre quarts entre les déplacements (27 %), l’alimentation (24 %), la consommation d’énergie des bâtiments (22 %) et un dernier quart qui regroupe les travaux, les soins, la gestion du linge…
Trouver les sources de réduction
La gageure d’une planification écologique sur un secteur d’intérêt général est qu’il faut diviser par cinq les émissions d’ici 2050 tout en assurant la continuité de services dont les besoins vont augmenter. Le Rapport du Shift Project nous laisse d’ailleurs dans l’expectative sur l’ensemble des solutions.
Deux hypothèses ont été formulées : avec on sans virage domiciliaire. Les projections effectuées ne permettent que d'approcher le niveau de réduction des émissions escomptées quelque soit le scénario. Le travail est donc loin d’être terminé. Il sera sûrement nécessaire d’aller voir du côté des leviers organisationnels pour réduire encore l’impact, à côté des enjeux de rénovation énergétique des bâtiments, de l’électrification des parcs de véhicules ou encore de l’alimentation. « Ces leviers organisationnels sont indispensables, mais ils sont compliqués à évaluer dans des études de ce type. », relève Laurie Marrauld, maîtresse de conférence à l’EHESP et cheffe de projet Santé au Shift project. La planification écologique de l'autonomie sera donc à suivre de près car elle aura un impact fort sur les perspectives de la branche et influera inévitablement sur les enjeux d'attractivité des métiers qui touchent l'ensemble des organisations.
Agir avant que cela ne craque
[ANALYSE] Dans un secteur où le sens de la mission humaine prime souvent sur sa propre condition, l’absentéisme nourrit l’absentéisme. Pour rompre la spirale, il est important de regarder l’environnement de travail qui est majoritairement cité comme parmi les origines des arrêts longs. Analyser et agir sur la charge de travail de chaque salarié serait autant un gage de bien être des salariés, que de réaliser les missions et les objectifs des organisations.
Alerte sur l’absentéisme
Que nous révèle la hausse des chiffres des arrêts de travail ? Car c’est un fait, quelque-soit le baromètre que l’on regarde, l’absentéisme progresse (voir l'édito de notre dossier). Les chiffres varient entre 42 et 50 % des salariés qui ont connu un arrêt en 2022, et tous sont en augmentation d’au moins une demi-douzaine de points par rapport à l’avant-Covid.
Les causes évoluent aussi. La maladie « ordinaire » et les accidents de la vie restent les premiers facteurs déclenchants d’un arrêt. Mais les arrêts longs (plus de 30 jours) qui ont touché un salarié sur cinq sur les trois dernières années, sont majoritairement dus à des facteurs psychologiques. Et leur durée passe de 97 à 111 jours en un an, selon le baromètre du Comptoir Malakoff Humanis. Ces facteurs psychologiques peuvent être de nature familiale ou personnelle, mais ils sont aussi largement dus au contexte professionnel. L’Observatoire de l’imprévoyance du Groupe VYV évalue dans une étude sur les arrêts longs publiée en septembre dernier, que 66 % des salariés concernés évoquent l’environnement de travail comme l’une des causes de leur arrêt (voir notre infographie synthétique). Autrement dit, se préoccuper de la santé de ses salariés, imposent de se pencher sur l’organisation du travail.
Et dans l’ESS ?
Les chiffres spécifiques de l’absentéisme dans les branches de l’ESS ne sont pas connus mais Younes Benhjab, chef de projet au pôle santé et qualité de vie au travail (SQVT) d’Harmonie Mutuelle ESS constate : « on nous interpelle actuellement sur ces questions d’absentéisme ». Si l’on prend les chiffres de la santé, un secteur auquel l’ESS est relié, ce sont 63 % des salariés qui ont eu un arrêt de travail en 2022, soit 13 points de plus que la moyenne nationale. Par ailleurs, l’Observatoire de l’imprévoyance a mesuré le sentiment de culpabilité chez les salariés en arrêt long. Il est cité dans 22 % des cas. Et Gaëlle Viette, qui a mené l’enquête, autant dans le privé que dans la fonction publique (santé, éducation…), constate que cette culpabilité face à l’arrêt, est « particulièrement plus forte dans les métiers de conviction » .
Sens et environnement du travail
L’une des singularités de l’ESS est le sens donné au travail. Les métiers et missions sont centrés sur l’accompagnement des autres, la prise en charge de l’humain, le soin, la solidarité. Emmanuelle Paradis, cheffe de projet SQVT Harmonie Mutuelle ESS, raconte des situations où les professionnels dépassent largement leur fiche de poste pour compenser le manque d’effectifs et de moyens : « je me souviens d’une agent de service, chargée du ménage et de la préparation des petits déjeuners, qui arrivait 30 minutes avant l’heure pour aider une pensionnaire, dont elle avait repéré que la santé se dégradait, à prendre son petit déjeuner à la petite cuillère. Ce n’était pas dans ses missions mais c’est la situation qui était juste parce que c’était intolérable pour elle (…) Et ce qui fait qu’à un moment donné, cela craque brutalement, c’est que cet engagement-là est totalement invisible. »
Retrouver le sens du collectif de travail
Cette spirale de l’absentéisme, atteint donc des professionnels parce qu’ils et elles s’engagent au-delà de leur temps et de leurs missions. L’intensification du travail due à la réduction des coûts et des moyens est à l’origine de cette spirale. L’augmentation des moyens alloués à ces activités d’intérêt général et l’amélioration de l’attractivité des métiers (salaires, conditions de travail) sont indispensables à l’amélioration globale des environnements de travail. Ils relèvent du dialogue social des branches et de la négociation avec les prescripteurs et financeurs que sont l’Etat et les collectivités territoriales (tout particulièrement les Départements).
Mais comment agir au plus de l’activité de l’organisation ? « un travail, même très prescrit, est confronté à de l’imprévu et le salarié a à faire des choix. Mieux il est outillé, mieux cela se passe. Outillé sur le plan technique et humain, mais aussi dans l’organisation collective du travail. Il lui faut des repères comme l’opportunité d’échanges de pratiques entre pairs », explique Emmanuelle Paradis. Younes Benhjab évoque le cas où deux établissements d’une même association ont fait des choix inverses face à l’absentéisme. L’un a décidé d’interrompre les temps de partage de pratiques pour se concentrer sur les interventions, quand l’autre choisit de les garder. « La seconde a pu réduire son absentéisme, l’autre pas. » Les recettes miracles n’existent pas s’empressent d’ajouter les experts SQVT, mais toute solution issue d’un travail qui remet le collectif de travail au centre est favorable à une solution qui permet de trouver des résultats qui feront baisser l’absentéisme : « reprendre le projet associatif, temps de partage des pratiques pour établir un diagnostic, coconstruction des procédures, apporter des réponses collectives », énumère Younes Benhjab. « Et parfois il vaut mieux une solution qui parait un peu bancale mais qui fait accord entre tout le monde, qu’une solution apparemment miracle, mais peu partagée », ajoute Emmanuelle Paradis, qui énumère quelques solutions dans notre podcast.(écouter le podcast)
Accompagner pendant l’arrêt
Si les facteurs psychologiques et l’environnement de travail suscitent de plus en plus d’arrêts longs, il parait d’autant plus cohérent d’accompagner les salariés au mieux pour que leur retour soit réussi. L’arrêt pour raison de santé est un soulagement, mais c’est aussi une source d’inquiétude quand l’arrêt se prolonge. Combien de temps va-t-il durer ? Quel sera mon corps après la maladie ? Quel sera le regard des autres, tant du fait de ma maladie, que de mon absence ? Que vais-je rater ? Et les difficultés financières dues à une baisse de rémunération sont aussi source d’un stress énorme. « Il faut prendre en compte ces considérations psychologiques », insiste Agnès Riu, Directrice Prévoyance du Groupe VYV (écouter notre second podcast). Elle ajoute qu’une reprise mal accompagnée « c’est souvent un retour en arrêt de travail ou des situations très difficiles pour la personne en emploi, avec des répercutions avec les collègues ou les personnes qu’elle sert. »
Comment accompagner ? « Le manager, les services des ressources humaines, les partenaires sociaux, aussi, ont un rôle. Le premier est d’anticiper en rendant disponible les réponses aux premières questions qui vont se poser (perte de salaire, qui est mon interlocuteur…) ». En dehors des cas où le médecin invite à couper le contact avec l’environnement professionnel, un contact léger du manager ou de la RH pour se mettre à la disposition du salarié et lui apporter les réponses, est utile et important, explique la Directrice Prévoyance : « bien sûr il ne s’agit pas d’être intrusif, mais d’être disponible au moment où la personne pourra aller chercher les informations et le contact dont elle aura besoin ».
66 %
[CHIFFRE CLE] 66 % des salariés ayant connu un arrêt long évoquent une origine liée à l'environnement professionnel selon une étude de l'Observatoire de l'imprévoyance (Groupe VYV). La surcharge de travail est le premier facteur évoqué, avant la pénibilité physique.

Quelle place prend notre travail dans ce qui nous empêche, temporairement de travailler ? L'étude de l'Observatoire de l'imprévoyance du Groupe VYV qui cible les arrêts de plus de 90 jours (un arrêt est considéré long dès 30 jours. Mais c'est après trois mois que les conséquences financières et les risques liés à une reprise mal préparée grandissent) est particulièrement éclairante.
En effet, selon cette étude qui a sondé 1014 salariés ayant connu un arrêt de plus de 90 jours récemment, 66 %, soit deux tiers d'entre eux évoquent l'environnement professionnel comme l'une des origines de l'arrêt. Ce n'est pas la seule, puisque l'origine d'un arrêt long peut être multifactorielle, mais elle est la plus consensuelle. L'environnement social et familial n'est cité que par 21 % des répondants.
Qu'est-ce qui touche le plus les salariés dans leur environnement professionnel ? Le premier facteur cité pour préciser l'impact de l'environnement de travail sur sa santé c'est la surcharge de travail. Près d'un répondant sur deux (45 %) mentionne ce facteur, devant la pénibilité physique (41 %) puis le rythme ou l'organisation du travail (35 %).
L'organisation du travail et les tensions qu'elle peut générer apparait, selon ces chiffres, comme un facteur d'arrêt et donc d'absence du salarié. Si l'étude ne permet pas d'isoler ce qu'il en est spécifiquement parmi les salariés relevant des branches professionnelles de l'Economie sociale et solidaire, Gaëlle Viette, de l'Observatoire de l'imprévoyance constate que " notre enquête qualitative avait déjà permis de relever que les personnes engagées dans la santé ou ceux qui exercent des métiers de conviction sont les plus touchées. Ce sont aussi ceux qui souffrent le plus de culpabilité au moment de s'arrêter."
Les employeurs ont donc tout intérêt à se préoccuper de l'impact de l'organisation du travail, s'ils se soucient de la santé de leurs salariés, qui plus est lorsque leur activité connait une pénurie comme c'est le cas dans les métiers du care. Tout comme ils ont à se préoccuper de mieux appréhender l'accompagnement de leurs salariés en arrêt long afin de préparer une reprise, sans risque de rechute, comme nous l'explique Gaëlle Viette, de l'Observatoire de l'imprévoyance.