Réforme des exonérations patronales

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À partir de 2026, les règles du jeu changent profondément pour les exonérations de cotisations patronales. Le décret du 4 septembre 2025 (n° 2025-887) redéfinit entièrement la structure des exonérations en supprimant les taux réduits maladie et allocations familiales, et en étendant la réduction générale jusqu’à 3 SMIC.

Pour vos clients TPE-PME, l’impact sera immédiat :

  • certains niveaux de salaire coûteront plus cher,

  • d’autres bénéficieront d’un allègement,

  • et la lecture globale des exonérations deviendra plus intuitive.

Dans cette période de transition, l’enjeu est clair : il convient de sécuriser le paramétrage paie et d’anticiper les évolutions du coût du travail pour parer à toutes mauvaises surprises concernant le montant de la masse salariale.

Dans cet article, nous vous proposons de faire une revue des principales modifications afin de tirer les enseignements pratiques de l’évolution de ces règles.

Le système actuel : un empilement d'allègements peu lisible

Pour comprendre la portée de la réforme, il est utile de rappeler brièvement comment fonctionne le dispositif applicable jusqu’au 31 décembre 2025. 

Ce système repose sur trois briques distinctes :

  • la réduction générale (anciennement dénommée “Fillon”), applicable sur les rémunérations comprises entre 1 et 1,6 SMIC ;

  • une minoration de 6 points de la cotisation maladie pour les salariés rémunérés entre 1 et 2,25 SMIC ;

  • une minoration de 1,8 point de la cotisation d’allocations familiales pour les salariés rémunérés entre 1 et 3,3 SMIC. 

Si les exonérations de cotisations sociales diminuent progressivement entre 1 et 1,6 SMIC au fur et à mesure de l’augmentation de la rémunération brute, le franchissement des deux autres seuils génère des écarts de plusieurs milliers d’euros pour l’employeur alors même qu’aucune hausse de salaire significative n'est nécessairement accordée.

Ainsi, si l’on prend l’exemple du franchissement du seuil des 2,25 SMIC, l’entreprise se retrouvera à supporter un surcoût de contributions patronales d’environ 3000 euros, quand bien même elle n’aurait augmenté le salaire que d’une centaine d’euros.

infographie impact financier du franchissement du seuil de 2.25 SMIC (2025) exemple d'une TPE

La raison de ce surcoût tient au fait que le franchissement de ce seuil implique le paiement d’une cotisation appelée “complément maladie” de 6 %, non pas uniquement sur la part de rémunération supérieure à 2,25 SMIC mais bien sur l’intégralité de la rémunération annuelle brute.

Dans les TPE-PME, ces effets de paliers peuvent peser lourd et l’on anticipe généralement mal leurs conséquences financières au moment des revalorisations salariales ou du paiement de primes.

Enfin, sur un plan plus politique, le bénéfice de certaines exonérations, au-delà d’un salaire de 3 SMIC ne semblait pas se justifier. C’est la raison pour laquelle le gouvernement a souhaité réduire les rémunérations visées par le dispositif.

Le nouveau dispositif : un mécanisme unifié, plus progressif

La réforme de 2026 cherche à résoudre ce problème de lisibilité tout en conservant l’objectif initial : favoriser les bas et moyens salaires, tout en maîtrisant l’évolution du coût du travail. 

Pour cela, deux changements majeurs ont été opérés.

Le premier est la suppression pure et simple des taux réduits maladie et allocations familiales. À compter du 1er janvier 2026, tout le monde contribuera sur la base des taux pleins : 13 % pour l’assurance maladie, 5,25 % pour les allocations familiales. Cette disparition met fin aux paliers abrupts qui compliquaient la gestion des hausses de rémunération.

Le second changement, plus structurant, est l’instauration d’une réduction générale entièrement remodelée. Celle-ci ne s’arrête plus à 1,6 SMIC, mais devient progressivement dégressive jusqu’à 3 SMIC. 

Son calcul reposera sur une formule mathématique intégrant plusieurs paramètres (un Tmin, un Tdelta et un coefficient P) :

Coefficient = Tmin + (Tdelta x (1/2 x (3 x 1820 x SMIC en vigueur / salaire annuel forfaitaire - 1)^P

avec les paramètres suivants :

  • Tmin = 2%

  • Tdelta = 0,3773 (pour les entreprises de moins de 50 salariés) ou 0,3813 pour (les entreprises d’au moins 50 salariés)

  • P = 1,75

Ce coefficient est ensuite multiplié par le salaire brut pour obtenir le montant total de l’exonération qui viendra en déduction des cotisations patronales dues.

L’effet recherché est clair : rendre la courbe des cotisations plus continue, plus prévisible, presque linéaire à l’exception notable d’un léger gap de 2% au niveau de 3 SMIC, seuil à partir duquel plus aucun allègement n’est appliqué.

Derrière cette volonté de simplification apparente se cache toutefois un mécanisme plus technique que par le passé. Le calcul s’éloigne d’une logique de taux fixes pour basculer vers une fonction dégressive, plus difficile à anticiper mentalement. Pour les services paie, l’enjeu n’est donc pas de “moins comprendre” la règle, mais au contraire de maîtriser une mécanique plus subtile, susceptible d’évoluer chaque année en fonction des revalorisations du SMIC ou d’ajustements paramétriques.

Par ailleurs, cela signifie également que toute augmentation de salaire entre 1 et 3 SMIC aura désormais des effets sur une baisse symétrique de ces exonérations. Aussi, à ces niveaux de salaire, une augmentation brute de 1% n'équivaudra pas à une augmentation du coût entreprise de 1% : cette dernière sera supérieure et il faudra la calculer de manière fine.

Les effets concrets : qui paiera plus, qui paiera moins, et pourquoi ?

Comme tout changement structurel, cette réforme produit des gagnants et des perdants selon le niveau de rémunération. C’est un point crucial pour les cabinets, car l’impact se fera ressentir différemment selon la configuration de chaque entreprise.

Dans les rémunérations proches du SMIC et jusqu’à environ 1,3 SMIC, le nouveau système est légèrement moins favorable que l’ancien. La disparition du taux réduit maladie renchérit un peu le coût du travail, même si l’effet reste modéré.

Entre 1,3 et 1,8 SMIC, la réforme devient globalement plus avantageuse. C’est la zone la plus “gagnante”, celle où les TPE-PME devraient observer les plus fortes stabilisations, voire quelques baisses de charges.

En revanche, la tranche 1,8 - 2,25 SMIC fait partie des zones sensibles. Ce niveau de rémunération bénéficiait fortement des taux réduits maladie ; leur suppression crée un réajustement à la hausse. Les entreprises qui emploient beaucoup de techniciens, agents de maîtrise ou jeunes cadres dans cette fourchette verront leur masse salariale augmenter.

À partir de 2,25 SMIC, l’effet s’atténue. La nouvelle réduction générale joue pleinement son rôle et permet souvent de compenser la disparition des taux réduits antérieurs. Entre 2,25 et 3 SMIC, certains employeurs verront même une légère amélioration du taux global de cotisations.

Le coût du travail augmentera de nouveau pour les rémunérations brutes comprises entre 3 et 3,3 SMIC.

Enfin, au-delà de 3,3 SMIC, l’effet sera neutre

Cette lecture par niveaux de salaire est essentielle pour fournir au dirigeant une vision claire, mais aussi pour éviter les incompréhensions lors de futures augmentations. La “psychologie des seuils” change, et ce qui était un mauvais signal (franchir 2,25 SMIC) ne l’est plus nécessairement.

L’ensemble de ces variation est synthétisé dans le graphique ci-dessous : 

infographie évolution des taux de contributions patronales 2025 2026

Comment accompagner efficacement les entreprises dans cette transition ?

Cette réforme représente une occasion idéale pour repositionner le cabinet sur un rôle d’appui stratégique. 

La première étape consiste naturellement à cartographier les rémunérations de chaque entreprise. Une simple extraction des salaires annuels bruts 2025 permet déjà de visualiser la répartition des effectifs par tranche de SMIC et d’identifier les zones d’exposition.

La seconde étape est la simulation. En comparant l’ancienne et la nouvelle formule sur quelques profils types (un salarié proche du SMIC, un agent de maîtrise à 1,9 SMIC, un technicien à 2,5 SMIC), l’impact devient immédiatement concret pour le dirigeant. Ces simulations peuvent être reprises dans une note structurée, envoyée avant les campagnes de revalorisation ou intégrée à la préparation du budget 2026.

La troisième étape est l’accompagnement des décisions : certaines augmentations deviennent plus coûteuses qu’auparavant, d’autres sont plus neutres. Certaines entreprises peuvent choisir de privilégier des leviers complémentaires (PPV, intéressement, primes modulées) plutôt qu’une revalorisation brute. D’autres peuvent sécuriser leurs pratiques en évitant les franchissements de seuils dans la zone 1,8–2,25 SMIC.

Enfin, une mission dédiée peut être formalisée : audit des rémunérations, analyse “avant/après”, mise à jour du paramétrage paie, préconisations personnalisées. Une prestation structurée, très utile pour les entreprises dépourvues de fonction RH interne.

En définitive, cette réforme transforme profondément la manière de lire et d’anticiper le coût du travail. La suppression des paliers, l’extension de la réduction générale et le passage à une formule dégressive marquent un changement de logique dont les entreprises ne mesureront pas toujours spontanément les effets.

Pour les cabinets, l’enjeu est double : sécuriser le paramétrage paie et fournir aux dirigeants une interprétation claire des impacts par niveau de salaire. Dans un environnement où chaque euro compte, votre accompagnement sera déterminant pour éclairer les choix de revalorisation, budgéter correctement la masse salariale et éviter les mauvaises surprises. 

Ces changements impliqueront une hausse des coûts du travail pour certaines entreprises. Dans ce contexte, diversifier les leviers de rémunération devient alors un enjeu clé. Au-delà du salaire, d’autres outils permettent d’améliorer concrètement le pouvoir d’achat ou la protection des salariés sans provoquer une hausse trop conséquente des charges : montée en gamme de la complémentaire santé, renforcement de la prévoyance, participation au financement de garanties optionnelles, développement de l’épargne salariale

Ces dispositifs constituent souvent des alternatives plus lisibles et plus soutenables pour les TPE-PME, tout en répondant aux attentes croissantes des salariés en matière de santé et bien-être. Ils permettent aussi de construire une politique de rémunération globale cohérente.

Pour accompagner vos clients dans ces arbitrages et sécuriser la mise en place de solutions adaptées, les conseillers Harmonie Mutuelle sont à votre disposition.

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