Comment expliquer la prévoyance et la valoriser auprès des salariés ?

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Pour les salariés, la prévoyance reste souvent un sujet invisible… jusqu’au jour où elle devient essentielle. Dans un contexte où les entreprises cherchent à sécuriser les parcours professionnels et à renforcer leur attractivité, la prévoyance devient aussi un levier de politique sociale

Mais comment accompagner concrètement les collaborateurs sur un sujet à la fois technique et sensible ? Comment valoriser l’engagement de l’entreprise en matière de protection sociale ? 

On en parle avec Hervé Lesage-Boillot, directeur des ressources humaines du Groupe The LINKS, une entreprise de marketing qui emploie aujourd’hui près de 180 salariés.



Hervé Lesage-Boillot

Quelle place la prévoyance occupe-t-elle dans votre politique RH, au-delà des obligations légales ?

Hervé Lesage-Boillot : Au sein du Groupe The LINKS, nous avons des profils très variés. Nous sommes affiliés à la convention collective Syntec et comptons plusieurs catégories de collaborateurs : des cadres, des non-cadres ETAM ainsi que des vacataires, qui occupent parfois des contrats plus courts et plus précaires. Bien sûr, nous respectons strictement les obligations légales en matière de protection sociale. Mais nous avons aussi fait le choix d’aller au-delà. 

Depuis plusieurs années, l’entreprise prend en charge 100 % du coût de la prévoyance pour les collaborateurs ETAM et pour les vacataires ayant au moins un an d’ancienneté. Cette décision s’inscrit dans notre politique RH. Elle vise à soutenir les collaborateurs aux rémunérations plus modestes, à renforcer leur pouvoir d’achat et à sécuriser leurs parcours. Dans un marché de l’emploi tendu, c’est aussi un levier d’attractivité et de fidélisation. Pour nous, la prévoyance n’est donc pas seulement une obligation : c’est un élément structurant de notre politique sociale.


Pourquoi les salariés s’intéressent-ils encore peu à la prévoyance ?

H.L : Parce qu’ils ne s’y intéressent généralement que lorsqu’ils y sont directement confrontés. Dans l’entreprise, les sujets de santé sont souvent associés à la mutuelle : les remboursements de lunettes, de soins dentaires ou les consultations médicales. La prévoyance concerne des situations plus lourdes, comme les arrêts maladie de longue durée, l’invalidité ou le décès. Ce sont des sujets plus anxiogènes, auxquels on préfère ne pas penser lorsque tout va bien. 

C’est également un sujet technique. On parle de salaire de référence, de délais de carence, de maintien de revenus ou encore de subrogation. Ces notions ne sont pas toujours évidentes à comprendre. Si l’entreprise n’explique pas ces mécanismes, la prévoyance devient invisible. Or un avantage invisible n’est pas perçu comme un avantage. La pédagogie est donc essentielle !


Comment informer et sensibiliser les collaborateurs à la prévoyance ?

H.L : Nous avons structuré l’information tout au long du parcours du collaborateur, en commençant dès son arrivée dans l’entreprise. Lors de l’onboarding, nous consacrons un temps spécifique aux sujets de santé. Nous expliquons la mutuelle, les garanties, mais aussi la prévoyance : son fonctionnement et les situations dans lesquelles elle intervient. Un document explicatif est remis au collaborateur. 

Ensuite, nous entretenons cette information dans la durée grâce à plusieurs canaux internes. Nous utilisons notamment un canal dédié sur Teams animé par les RH, où nous publions régulièrement des contenus pédagogiques. Nous partageons également une newsletter RH mensuelle, le Zoom RH, qui aborde différents sujets de protection sociale. Nous disposons aussi d’une plateforme RH interne où les collaborateurs peuvent retrouver les documents utiles. Enfin, nous faisons régulièrement des rappels sur certains sujets sensibles, comme la désignation des bénéficiaires, qui doit être mise à jour lorsque la situation personnelle évolue.


Comment accompagnez-vous les collaborateurs confrontés à un arrêt longue durée ou à un événement grave ?

H.L : Deux situations se présentent généralement. La première concerne les arrêts maladie de longue durée, supérieurs à 30 jours. Les collaborateurs nous contactent souvent pour comprendre comment leur rémunération sera maintenue ou quels documents transmettre. Le rôle des RH est alors d’apporter des réponses claires et de ne pas laisser la personne seule face à une situation souvent stressante. 

Dans les situations plus graves, invalidité ou événements de vie difficiles l’accompagnement repose avant tout sur la proximité et la confiance. Nous avons une équipe RH accessible et formée à l’écoute. Les collaborateurs savent qu’ils peuvent s’adresser à la personne avec laquelle ils se sentent le plus à l’aise, dans un cadre strictement confidentiel. L’objectif est d’assurer un accompagnement humain, et pas uniquement administratif.


Que peut faire une entreprise en amont pour prévenir les risques ? 

H.L : La prévoyance intervient lorsque le risque est déjà là. Mais l’entreprise peut aussi agir en amont. La prévention est donc essentielle. Elle concerne notamment les collaborateurs exposés à certains risques physiques, comme les équipes de manutention ou celles qui interviennent sur des installations techniques. 

Nous menons également des actions de sensibilisation aux troubles musculosquelettiques et aux risques psychosociaux, qui sont particulièrement présents dans les entreprises de services. Dans les prochaines semaines, nous mettrons à disposition des collaborateurs une plateforme d’e-learning santé afin qu’ils puissent s’informer librement sur ces sujets. Nous allons également lancer un baromètre social intégrant un volet santé pour mieux identifier ces problématiques.


Comment accompagner le retour au travail après un arrêt longue durée ? 

H.L : La première étape consiste à organiser une rencontre avec la médecine du travail. C’est une obligation, mais surtout un moment essentiel pour préparer les conditions du retour. À l’issue de cet échange, plusieurs aménagements peuvent être envisagés, notamment la mise en place d’un mi-temps thérapeutique, qui permet une reprise progressive de l’activité.

Au-delà de cette étape, nous organisons également un entretien professionnel spécifique. Il permet d’aborder les éventuelles difficultés, d’envisager un aménagement de poste, de discuter d’un besoin de formation et de réfléchir à la projection du collaborateur dans l’avenir. Ce n’est pas seulement une obligation réglementaire : c’est un moment clé pour réussir une réintégration durable.


Quel message souhaiteriez-vous faire passer aux entreprises et aux salariés sur la prévoyance ? 

H.L : La prévoyance ne doit pas être considérée comme une simple obligation légale. Elle fait pleinement partie de la responsabilité sociale de l’entreprise. Dans certaines situations de vie difficiles, elle peut faire une différence décisive. Mais pour cela, il faut que les garanties soient expliquées et comprises en amont. Les salariés ont donc intérêt à s’y intéresser avant d’y être confrontés, notamment pour bien comprendre leurs droits et les bénéficiaires désignés. Et au-delà du contrat lui-même, c’est la qualité de l’accompagnement humain qui donne tout son sens à la prévoyance.

Retrouvez l’ensemble des épisodes du podcast sur toutes vos plateformes préférées. Avec le podcast Inspiration RH, Harmonie Mutuelle vous propose d’aborder de façon très pratique les enjeux de protection et de valorisation du potentiel humain en entreprise.