Savoir écouter les signaux
Les journées qui débordent, les frontières entre vie pro et vie perso qui s’effacent et la charge mentale qui devient permanente. Dans sa vie d’avant, celle où elle dirigeait une entreprise de verrerie d’art avec son conjoint, Marie Guth avançait sans jamais s’arrêter : les rendez-vous, les devis, les relances clients, la trésorerie, sans parler d’une vie de famille bien chargée avec cinq enfants. Jusqu’au moment où son corps commence à lui envoyer des signaux. Un psoriasis généralisé s’additionne aux douleurs dans le dos et aux cervicales, puis aux troubles du sommeil. Autant d’alarmes qu’elle a inconsciemment ignorées.
Surveiller son sommeil et ses émotions
Avec le recul, elle identifie aujourd’hui le sommeil comme l’un des premiers indicateurs à surveiller chez un entrepreneur. « Quand le mental reste en hypervigilance toute la nuit, il y a déjà quelque chose qui déraille », prévient-elle.
Autre indicateur à prendre en compte : les émotions qui débordent. Aujourd’hui, elle sait reconnaître ce signal. « Si je pleure plusieurs jours d’affilée, je sais qu’il y a quelque chose qui ne va plus dans ma vie », reconnaît-elle. En 2019, deux ans après la liquidation de son entreprise, un cancer lui est diagnostiqué. Cette succession d’épreuves l’oblige à repenser complètement son rapport au travail… mais aussi à elle-même.
Couper son téléphone le soir
Aujourd’hui comédienne, coach et praticienne en thérapie comportementale et cognitive, Marie Guth accompagne notamment des indépendants et des dirigeants. Selon elle, le plus difficile pour un entrepreneur solo, c’est la charge mentale permanente. « Même quand on ne travaille pas, le cerveau continue, affirme-t-elle. Il n’existe plus de frontière claire entre la vie personnelle et l’activité professionnelle. »
Le premier réflexe qu’elle préconise d’adopter est simple… mais radical : couper le téléphone professionnel le soir. Poser des limites horaires claires va recréer une respiration mentale. « À partir d’une certaine heure, je ne suis plus joignable. Je connais la peur de manquer un contrat, mais en réalité, il y a très peu de situations où on ne peut pas attendre quelques heures », déclare-t-elle.
Envoyer un signal de fin à son cerveau
Nombreux sont les entrepreneurs qui oublient ce besoin fondamental de clôturer leur journée. En parallèle de l’extinction du téléphone, Marie Guth recommande de ritualiser la fin de journée afin d’imposer un vrai moment de fermeture mentale. « Il n’y a pas de règle ; c’est à chacun de trouver la méthode et l’activité qui lui conviennent : écouter de la musique, faire quelques étirements, noter ses priorités pour le lendemain.
L’essentiel est d’envoyer un signal clair au cerveau : c’est terminé pour aujourd’hui. Le repos n’est pas une récompense, il est nécessaire », prévient-elle.
Remettre le corps au centre du quotidien
Après des années passées à fonctionner uniquement dans sa tête, Marie Guth a également appris à remettre son corps en mouvement et à identifier ce qui recharge réellement son énergie. Pas dans une logique de performance, mais comme un outil d’équilibre « car le corps, c’est notre première maison ! » Son conseil ? bouger, même de façon très simple : marcher, faire du yoga, danser, aller courir… « Même dix minutes, ça fonctionne ! ».
Une to-do list oui ! mais réaliste
Comme beaucoup d’entrepreneurs solo, Marie Guth prévoyait autrefois une liste de tâches interminable qu’elle essayait d’accomplir coûte que coûte. Le résultat était souvent le même : frustration, culpabilité et impression permanente de ne jamais en avoir fait assez.
Aujourd’hui, elle continue d’utiliser une to-do list, mais d’abord comme un outil de décharge mentale. « Ce qui est écrit sur le papier ne reste plus dans la tête », explique-t-elle. Ensuite, elle sélectionne quatre ou cinq priorités atteignables dans sa journée. « Là aussi, il s’agit d’envoyer un message au cerveau pour qu’il se focalise sur ce qui est vraiment important et nous aide à le distinguer de ce qui est simplement urgent. »
Bénéficier d’un regard extérieur
Enfin, elle juge qu’un regard extérieur peut faire toute la différence avant que l’épuisement ne devienne trop important. Un accompagnement permet souvent de remettre de la clarté sur ce que l’on vit et d’éviter de continuer à avancer la tête dans le guidon en mode pilote automatique. « Un coach, un thérapeute, ou même une personne de confiance qui vous connaît bien, ça aide à prendre du recul quand on n’y arrive plus seul », conclut-elle.