D’où vient votre engagement autour de la notion de rebond ?
Je m’y intéresse depuis toujours, même si je ne l’appelais pas ainsi au départ. Mon parcours est fait de changements successifs. J’ai commencé dans l’hôtellerie-restauration, puis j’ai quitté ce secteur pour reprendre des études afin de me professionnaliser dans l’action humanitaire.
Finalement. J’ai découvert l’entrepreneuriat dans un cabinet de conseil en gestion de crise dans les Deux-Sèvres. Avec un associé, nous avons développé un cabinet spécialisé dans les ressources humaines et la prévention du stress et des risques psychosociaux. Plus tard, nous avons vendu cette entreprise. J’avais initialement prévu de la racheter, puis j’ai réalisé que ce ne serait pas la bonne décision. Après la vente, j’ai traversé un burn-out, en plein Covid. Ce moment m’a permis de prendre conscience d’une chose : j’avais développé une capacité à rebondir. Mais autour de moi, ce n’était pas perçu comme quelque chose de normal. C’est ce décalage qui m’a conduit à m’engager dans l’association.
Pour vous, le rebond n’est donc pas lié uniquement à une difficulté ?
Non. Je pense que cela fait partie de l’activité entrepreneuriale. Quand on entreprend, on évolue dans un environnement mouvant : changements législatifs, retournements de marché, décisions politiques imprévisibles. Soit on se dit « c’est fichu », soit on développe une aptitude à s’adapter. Cela ne veut pas dire que c’est simple. Mais rebondir fait partie du métier. Et plus encore : c’est une compétence.
Pourquoi est-ce si important de le dire aujourd’hui ?
Parce qu’en France, nous restons dans une logique très binaire : réussite ou échec. Si une entreprise est liquidée, c’est perçu comme définitif. Or la trajectoire entrepreneuriale n’est jamais linéaire.
Aux États-Unis, par exemple, le fait d’avoir rebondi est presque un « must have ». Cela signifie qu’on a su pivoter, prendre des décisions, évoluer. Ce n’est pas vu comme un stigmate.
En France, on hésite encore à parler de ses difficultés. Beaucoup d’entrepreneurs s’enferment, persuadés qu’ils doivent tout résoudre seuls. Il y a aussi une part d’ego : personne ne croit davantage dans un projet que celui qui l’a lancé. Trouver l’équilibre entre optimisme et lucidité est extrêmement difficile.
Pourquoi les entrepreneurs hésitent-ils encore à demander de l’aide ?
D’abord parce qu’on a longtemps valorisé l’image de l’entrepreneur qui maîtrise tout. Marketing, finance, juridique, ressources humaines… Or personne ne peut être expert en tout.
Ensuite, il y a la question des priorités. Quand on développe son activité, on pense d’abord à trouver des clients. Se préparer à rebondir passe après, c’est humain.
Enfin, ces sujets font peur. On se dit : « Je ne suis pas malade, donc je n’ai pas besoin de médecin. » Tant qu’on ne regarde pas la difficulté en face, elle n’existe pas. C’est pour cela qu’il faut en parler avant que la situation ne devienne critique.
Le rebond concerne-t-il autant les solos que les entrepreneurs avec salariés ?
Oui, mais les enjeux sont différents. L'entrepreneur solo est souvent plus agile : il décide seul. Mais il dispose aussi de moins d’assise financière, et sa vie personnelle est plus directement impactée.
L’entrepreneur avec salariés doit embarquer son équipe, rassurer ses partenaires, parfois convaincre son banquier. Les décisions sont plus lourdes, plus lentes, plus engageantes.
Dans les deux cas, la capacité à rebondir est centrale. Elle devient même un actif. Si j’ai déjà rebondi, je sais que je pourrai mobiliser à nouveau ces compétences. Cela devrait rassurer mes partenaires, pas les inquiéter.
Faut-il développer une véritable culture du rebond ?
Oui. Si nous voulons continuer à avoir des entrepreneurs demain, nous devons valoriser le rebond. Sinon, plus personne ne prendra de risque. Or entreprendre comporte toujours une part de risque. Si l’écosystème reconnaît que rebondir est normal, qu’il s’agit d’une compétence, alors on crée un environnement propice à l’innovation et à la création de valeur. Rebondir est une compétence, et une culture à développer.