Pourquoi associez-vous le co-développement à la notion de rebond ?
J’ai créé mon entreprise, Solei-Toi, en 2021, après une carrière au ministère chargé de l’Économie où j’ai pu accompagner des dirigeants de tous secteurs dans leurs restructurations d’entreprises. J’y ai vu trop de belles sociétés décliner, souvent faute d’anticipation ou de vision : absence de signaux faibles, isolement du dirigeant, difficulté à confronter ses choix.
Le rebond commence souvent par une prise de recul. Or le dirigeant est seul avec son cerveau, ses automatismes, ses biais. Le co-développement permet justement de sortir de cette solitude et de mettre plusieurs intelligences au service d’une même problématique ou challenge.
En quoi est-ce particulièrement utile pour un entrepreneur solo ?
Le solo n’a pas d’équipe pour le challenger ou l’alerter. S’il n’a pas formalisé des signaux d’alerte ou n’échange pas avec ses pairs, il peut voir le mur à quinze centimètres seulement. Dans un groupe de co-développement, on est six à huit participants autour de la table, avec des expériences variées et de secteurs différents. Cela permet de multiplier les points de vue. C’est comme si on ajoutait plusieurs cerveaux au sien. On y élargit son champ de vision, on identifie des angles morts, on valide ou on confronte ses intuitions. Mais cela suppose d’accepter de demander de l’aide. Pour un dirigeant, ce n’est pas toujours spontané. Il est censé être fort. Pourtant, reconnaître sa vulnérabilité c’est justement être fort. Et accepter de s’entourer, c’est reconnaître la force de sa propre vulnérabilité.
Concrètement, comment se déroule un atelier de co-développement ?
Une séance dure environ 1 h 45 pendant la pause de midi, et se concentre sur la problématique d’une seule personne. Le cadre est essentiel : confidentialité, bienveillance, absence de jugement. Il n’y a pas de concurrent direct dans le groupe et un animateur veille au respect du cadre. La personne expose sa situation.
Ensuite, les autres participants ne font pas de suggestions immédiates : ils posent des questions. Des tours de table successifs permettent d’explorer la problématique sous différents angles. Par exemple, un fabricant souhaitant élargir son marché peut découvrir, au fil des questions, que sa vraie problématique est aussi la diversification de ses produits. Peu à peu, la personne prend de la hauteur et devient observatrice de sa propre situation, ce qui lui permet de reformuler sa problématique à partir de laquelle les participants vont partager des idées, des suggestions : Quelqu’un évoquera les comités d’entreprise comme débouché, un autre les indicateurs de pilotage, un autre encore partagera une expérience réussie ou un échec.
En quoi cela favorise-t-il le rebond ?
Le questionnement vous redonne de la perspective et met chacun face à ses éventuelles incohérences ou contradictions, sans confrontation directe. On ne dit pas : « j’ai la solution pour toi ». On partage des expériences, on ouvre des pistes.
À la fin, il y a souvent des connexions concrètes : des contacts, des prospects, des idées d’outils, des réseaux mis à disposition. Le champ du possible s’élargit. Le rebond, c’est cela : passer d’un champ de vision limité à un champ élargi, avec de nouvelles perspectives de développement. On est dans une logique entrepreneuriale : il s’agit de développer son activité, de la rendre plus solide et plus prospère. Mais dans un cadre sécurisé en confiance, sans concurrence ni jugement.
Qui peut être réticent à ce type de démarche ?
Souvent ceux qui ont peur du jugement ou qui pensent qu’ils doivent rester forts en toutes circonstances. Pourtant, même les profils très indépendants en tirent une richesse. Et puis intervenir comme participant permet aussi d’apprendre pour soi : on peut réutiliser les bons questionnements sur ses propres sujets.
Pourquoi vous êtes-vous engagée personnellement dans cette pratique ?
Parce que j’ai vu trop d’entreprises tomber alors qu’il existait des solutions, des dispositifs préventifs, des interlocuteurs. Parfois, il aurait suffi d’oser confronter son idée ou demander un autre regard. Le co-développement est une manière simple et accessible de le faire. C’est un espace où l’on peut tester, clarifier, ajuster… avant que les difficultés ne deviennent trop lourdes.