Qu’est-ce que cela signifie une surcharge numérique dans le quotidien d’un entrepreneur ?
Le premier élément, c’est la surcharge informationnelle. Le volume d’information a explosé parce qu’on a multiplié les canaux de communication : mails, messageries instantanées, réseaux sociaux, visios, outils collaboratifs… Et à chaque fois qu’un nouvel outil apparaît, il ajoute une couche supplémentaire, sans simplifier la communication.
Par ailleurs, cette information est rarement hiérarchisée. Il est de plus en plus difficile de distinguer ce qui est urgent, important ou simplement accessoire. Et quand on est dirigeant d’une petite entreprise, il n’y a bien souvent personne d’autre pour filtrer ou organiser les flux d’information. Ce travail invisible vient s’ajouter à tout le reste : la stratégie, les clients, la gestion, la conception… Résultat : la journée à peine commencée, il est déjà happé par une succession d’urgences numériques.
Que se passe-t-il dans notre cerveau lorsqu’on jongle en permanence entre les différents canaux de communication ?
Notre cerveau n’est pas conçu pour être attentif et concentré sur plusieurs tâches en même temps. En réalité, notre attention passe en permanence d’un sujet à un autre, en faisant du ping-pong. Ce basculement permanent fatigue énormément le cerveau et consomme de l’énergie mentale.
Plus on multiplie les sollicitations, plus on augmente la fatigue cognitive et la sensation d’épuisement. Le multitâche est devenu une norme culturelle, surtout chez les entrepreneurs. Pourtant, si on regarde les sportifs de haut niveau, ils fonctionnent exactement à l’inverse. Un sportif ne s’entraîne pas en scrollant ses réseaux sociaux ou en répondant à ses mails en même temps. Il organise ses temps d’effort et ses temps de récupération.
Quels sont les symptômes les plus fréquents d’une mauvaise hygiène numérique ?
Les signes sont souvent progressifs : fatigue mentale, irritabilité, perte de concentration, sensation de dispersion, difficulté à terminer une tâche sans interruption… Il y a aussi cette impression de ne plus être vraiment présent à ce qu’on fait. On lit un mail en pensant déjà au suivant. On participe à une visio tout en répondant sur son téléphone. On est partout… sauf dans l’instant.
Il est souvent plus facile de détecter ces signaux chez les autres que chez soi. D’où l’importance d’observer ses usages numériques pour connaître précisément son temps passé sur les réseaux, sa fréquence de consultation et le nombre de fois où on interrompt une tâche pour cela.
Comment réduire le bruit numérique ?
Je recommande d’y aller petit pas par petit pas et de ne pas vouloir tout révolutionner du jour au lendemain. La première étape peut être de reprendre le contrôle des outils, en se demandant lesquels conserver et quelles notifications couper et quand. Ensuite, pour rester dans une logique d’amélioration continue, vous pouvez décider de ne plus utiliser votre téléphone pendant une réunion. Vous testez pendant un mois et vous faites le bilan. Le mois suivant, vous aménagez trois plages de temps bien définies dans la journée où vous consultez votre boîte au lieu de le faire toutes les cinq minutes. Vous appliquez la même logique un mois plus tard pour le travail de fond en bloquant une heure et demie sur des tâches stratégiques ou créatives, sans notification et en ayant prévenu vos contacts que vous ne serez pas joignable.
Être disponible en permanence… Est-ce possible de s’en libérer ?
Chaque entrepreneur doit garder en tête que la première ressource de son entreprise, c’est lui-même : tant qu’il reste opérationnel, il peut continuer à trouver des solutions et faire avancer son activité. Si un dirigeant s’épuise et n’est pas attentif à sa santé mentale, notamment à cause d’une surcharge numérique, il fragilise tout son projet et se met en danger à titre personnel.
Par ailleurs, l’hyperconnexion est souvent liée à une autre réalité de l’entrepreneuriat : la solitude. Beaucoup d’entrepreneurs ont le sentiment de devoir tout gérer seuls et rester accessibles en permanence. Avant que cette disponibilité continue ne devienne trop lourde à porter, je recommande aux entrepreneurs d’intégrer un ou plusieurs réseaux. Celui qui comprend le mieux le quotidien d’un entrepreneur, c’est souvent un autre entrepreneur.