L’entreprise productrice de santé : de la prévention à la performance

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Pendant cinquante ans, notre société a pensé la santé comme une affaire de réparation : on tombe malade, on soigne. Un renversement de perspective est aujourd’hui à l’œuvre, et il place les employeurs en première ligne. Et si l’entreprise ne se contentait plus de réparer, mais produisait de la santé ?

Cinquante ans de réparation, et une impasse

Le modèle est si familier qu’on ne le voit plus. L’entreprise cotise, le système soigne, l’assureur indemnise : une chaîne entièrement tournée vers l’aval, constater le dommage puis le réparer. Elle a produit l’un des meilleurs systèmes de soins au monde. Elle montre aujourd’hui ses limites. 

Un paradoxe français résume l’impasse. Les travaux publiés dans The Lancet placent la France parmi les pays qui soignent le mieux les cancers, et parmi ceux qui en font émerger le plus. Nous avons construit un système remarquable pour réparer, et nous continuons à abîmer. 

Le renversement consiste donc à déplacer le curseur vers l’amont : agir sur les déterminants plutôt que sur les conséquences, par la prévention, la sobriété et le mutualisme. Passer de « soigner » à « produire de la santé ».

L’entreprise n’est jamais neutre

Ce déplacement repose sur un constat scientifique établi : la génétique ne pèse qu’environ 20 % dans l’état de santé d’une personne. Les 80 % restants relèvent de déterminants extra-médicaux : conditions de travail, environnement, alimentation, sédentarité, santé mentale, qualité des liens sociaux. Or ces déterminants ont un lieu : ils se jouent très largement là où l’on passe une part considérable de son existence, au travail. 

Une entreprise n’est pas un décor neutre. C’est un milieu de vie, et tout milieu de vie produit de la santé, positivement ou négativement. L’organisation du travail produit de la santé. Le management aussi. Les conditions de production également : travailler à 35 °C ou à 25 °C n’a pas les mêmes effets sur un organisme. Et la sédentarité, devenue la norme dans une grande partie des métiers, produit très concrètement des maladies.

« L’entreprise est un aménageur de déterminants de santé. Qu’elle le sache ou non. La seule question qui vaut, c’est de savoir dans quel sens. » Lionel Fournier, Directeur impact et santé durable d’Harmonie Mutuelle 

Le glissement est important : il ne s’agit plus de demander à l’entreprise un geste supplémentaire, en marge de son activité, mais de reconnaître qu’elle est de fait un acteur de santé.

Un enjeu de performance, pas seulement de conviction

Reste la question que tout dirigeant se pose légitimement : pourquoi serait-ce mon affaire ? Trois raisons, de la plus large à la plus immédiate. 

  • Le coût collectif : Ce sont les entreprises qui financent majoritairement les soins, par les cotisations et la CSG. Chaque maladie évitable alimente donc une dépense qu’elles portent collectivement et qui pèse sur leur compétitivité. Prévenir n’est pas une dépense supplémentaire : c’est la seule façon de contenir celle qui existe déjà. 
  • La réalité démographique : Un quart des salariés vit aujourd’hui avec une maladie chronique. À 50 ans, c’est plus d’un Français sur deux. Aucune entreprise n’échappera à ce sujet : la seule variable est le moment où elle décidera de s’en saisir. 
  • L’effet immédiat : L’effet de la sédentarité sur les fonctions cognitives et sur la productivité est mesuré scientifiquement. Ce qui abîme la santé des équipes dégrade aussi leur capacité à travailler, ici et maintenant. 

La santé change ainsi de statut : elle n’est plus un poste de coût, elle est un actif. Une entreprise qui dégrade le capital santé de ses salariés dégrade sa propre performance, avec un décalage dans le temps qui rend l’effet moins visible.

Santé et écologie, deux faces du même défi

L’autre déplacement à opérer consiste à cesser de traiter la transition écologique et la santé au travail comme deux dossiers distincts. Les co-bénéfices sont pourtant directs : décarboner, c’est réduire la pollution de l’air, donc des pathologies respiratoires et cardiovasculaires ; préserver les écosystèmes, c’est prévenir l’émergence de maladies. 

L’actualité climatique rend ce lien palpable : les épisodes de canicule ne sont plus un sujet de confort, mais de santé et de continuité d’activité. C’est tout le sens d’une approche de santé durable : la résilience climatique d’une entreprise et la santé de ses salariés se construisent ensemble, avec des leviers souvent communs.

L’Éco-santé, du constat au mouvement collectif

Le contexte social y invite : dans un monde qui a perdu ses repères, 62 % des Français considèrent l’entreprise comme un tiers de confiance. Elle est devenue une boussole, ce qui lui donne une audience et donc une responsabilité. 

« Le modèle que nous défendons est celui d’une entreprise productrice de santé qui donne les moyens à ses salariés de prendre soin de leur capital santé. » Lionel Fournier 

Harmonie Mutuelle a créé le mouvement de l’Éco-santé, animé avec sa communauté de 180 000 entreprises clientes. L’ambition n’est pas d’ajouter un label de plus, mais de repenser la pratique même de l’assurance santé et prévoyance : ce qu’elle mesure, ce qu’elle valorise, ce qu’elle encourage.

Des paroles aux actes : mesurer, inciter, expérimenter

Comment une entreprise passe-t-elle du principe à l’action ? Trois portes d’entrée, dans cet ordre. 

  • Mesurer : Premier pas, accessible à toutes : l’Impact Score, par exemple, est gratuit, transparent et comparable. Mesurer ce que l’on fait en matière sociale et environnementale, c’est déjà commencer à savoir si l’on à impact social et environnemental positif et si l’on produit de la santé, ou l’inverse. Sans mesure, la conviction reste un discours. 
  • Inciter : Harmonie Mutuelle joint le geste à la parole : les entreprises qui réalisent leur Impact Score ou qui s’engagent dans des dispositifs de décarbonation bénéficient de bonus sur la tarification de leurs contrats santé et prévoyance. Produire de la santé devient un paramètre du contrat, pas un supplément d’âme. 
  • Expérimenter : Avec la Fondation Harmonie Mutuelle, une expérimentation est menée sur la lutte contre la sédentarité. Un terrain de preuve, pour objectiver ce qui fonctionne réellement en milieu de travail.

De la RSE à l'impact

Ce que dessine ce mouvement, c’est un déplacement du centre de gravité : la santé cesse d’être un sujet périphérique, traité par les avantages sociaux, pour devenir un indicateur de performance. Et un bien commun, au sens strict : quelque chose qui se produit collectivement, ou qui ne se produit pas. Les individus ont leur part, les pouvoirs publics ont la leur. Les entreprises aussi. Et la leur, elles peuvent commencer à la prendre dès maintenant.

Réalisez votre Impact Score et découvrez le mouvement de l’Éco-santé.