L’entreprise productrice de santé : de la prévention à la performance
Pendant cinquante ans, notre société a pensé la santé comme une affaire de réparation : on tombe malade, on soigne. Un renversement de perspective est aujourd’hui à l’œuvre, et il place les employeurs en première ligne. Et si l’entreprise ne se contentait plus de réparer, mais produisait de la santé ?
Cinquante ans de réparation, et une impasse
L’entreprise n’est jamais neutre
Ce déplacement repose sur un constat scientifique établi : la génétique ne pèse qu’environ 20 % dans l’état de santé d’une personne. Les 80 % restants relèvent de déterminants extra-médicaux : conditions de travail, environnement, alimentation, sédentarité, santé mentale, qualité des liens sociaux. Or ces déterminants ont un lieu : ils se jouent très largement là où l’on passe une part considérable de son existence, au travail.
Une entreprise n’est pas un décor neutre. C’est un milieu de vie, et tout milieu de vie produit de la santé, positivement ou négativement. L’organisation du travail produit de la santé. Le management aussi. Les conditions de production également : travailler à 35 °C ou à 25 °C n’a pas les mêmes effets sur un organisme. Et la sédentarité, devenue la norme dans une grande partie des métiers, produit très concrètement des maladies.
« L’entreprise est un aménageur de déterminants de santé. Qu’elle le sache ou non. La seule question qui vaut, c’est de savoir dans quel sens. » Lionel Fournier, Directeur impact et santé durable d’Harmonie Mutuelle
Le glissement est important : il ne s’agit plus de demander à l’entreprise un geste supplémentaire, en marge de son activité, mais de reconnaître qu’elle est de fait un acteur de santé.
Un enjeu de performance, pas seulement de conviction
Santé et écologie, deux faces du même défi
L’autre déplacement à opérer consiste à cesser de traiter la transition écologique et la santé au travail comme deux dossiers distincts. Les co-bénéfices sont pourtant directs : décarboner, c’est réduire la pollution de l’air, donc des pathologies respiratoires et cardiovasculaires ; préserver les écosystèmes, c’est prévenir l’émergence de maladies.
L’actualité climatique rend ce lien palpable : les épisodes de canicule ne sont plus un sujet de confort, mais de santé et de continuité d’activité. C’est tout le sens d’une approche de santé durable : la résilience climatique d’une entreprise et la santé de ses salariés se construisent ensemble, avec des leviers souvent communs.