Quels sont les facteurs RPS et comment les identifier dans votre entreprise ?
Les risques psychosociaux (RPS) ne surgissent pas par hasard. Ils résultent de situations de travail concrètes et identifiables, liées à l'organisation, au management ou aux relations professionnelles. Comprendre les facteurs RPS est la première étape pour protéger vos salariés et répondre à vos obligations légales. Six grandes familles de facteurs font aujourd'hui référence dans les démarches de prévention des entreprises.
L'essentiel à retenir
- Les facteurs RPS désignent les causes organisationnelles et relationnelles à l'origine des risques psychosociaux au travail ;
- Le rapport Gollac, publié en 2011 à la demande du ministère du Travail, en identifie 6 grandes catégories, reconnues par l'INRS et largement utilisées dans les diagnostics RPS ;
- Ces facteurs peuvent se cumuler et se renforcer mutuellement, ce qui aggrave leur impact sur la santé physique et mentale des salariés ;
- Identifier les facteurs RPS est une obligation légale pour tout employeur, inscrite dans le document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP) ;
- Agir en amont sur ces facteurs réduit l'absentéisme, limite le turnover et renforce la performance collective.
Quels sont les 6 facteurs RPS reconnus par le rapport Gollac ?
En 2011, un collège d'experts pluridisciplinaires, coordonné par le sociologue Michel Gollac à la demande du ministre du Travail, a publié un rapport de référence intitulé "Mesurer les facteurs psychosociaux de risque au travail pour les maîtriser"¹. Ce rapport propose une grille de lecture structurée autour de six grandes familles de facteurs RPS. Reconnue par l'INRS, l'Anact et la Direction générale du travail, cette approche est aujourd'hui utilisée dans l'ensemble des diagnostics RPS et dans la construction des plans de prévention en entreprise.
L'intensité et le temps de travail
Ce premier facteur RPS regroupe toutes les situations où la surcharge de travail devient difficile à absorber : objectifs flous ou irréalistes, horaires atypiques, instructions contradictoires, interruptions fréquentes ou charge mentale excessive. Les difficultés à concilier vie professionnelle et vie personnelle s'ajoutent à ces contraintes. Lorsque cette pression temporelle se prolonge dans le temps, elle représente un facteur majeur de stress chronique et d'épuisement professionnel. Selon une étude de la Dares publiée en 2016, près de 47 % des actifs occupés déclaraient devoir "toujours" ou "souvent" se dépêcher dans leur travail².
Les exigences émotionnelles
Ce facteur concerne la nécessité, pour un salarié, de maîtriser et parfois de masquer ses émotions dans l'exercice de ses missions. Il touche particulièrement les métiers de services et de soin, exposés aux tensions avec le public, au contact avec des personnes en détresse ou à des violences verbales de la part de clients ou d'usagers. Mais il concerne aussi tout environnement de travail où la culture d'entreprise impose un "affichage positif" permanent, quelle que soit la réalité vécue par les salariés. D'après la même étude de la Dares, 31 % des actifs occupés déclaraient devoir cacher ou maîtriser leurs émotions dans leur activité professionnelle².
Le manque d'autonomie et de marges de manœuvre
L'autonomie décisionnelle désigne la capacité d'un salarié à s'organiser dans son travail, à prendre des initiatives et à participer aux décisions qui le concernent directement. Lorsque cette autonomie fait défaut, que les compétences sont sous-utilisées ou que le contrôle hiérarchique est excessif, un sentiment d'impuissance s'installe progressivement. Le modèle de Karasek, dit "job strain", illustre ce mécanisme : la combinaison de fortes exigences et d'une faible latitude décisionnelle génère une tension délétère pour la santé mentale. Ce désengagement progressif représente un signal faible à ne pas négliger. Ainsi, 64 % des actifs occupés déclaraient manquer d'autonomie dans leur travail en 2016².
Les rapports sociaux dégradés
La qualité des relations professionnelles constitue un puissant facteur protecteur ou, au contraire, aggravant. Conflits entre collègues, management inadapté, manque de reconnaissance au travail, absence de soutien social de la hiérarchie, voire harcèlement moral ou sexuel : autant de situations qui fragilisent les individus et détériorent le collectif de travail. Le modèle de Siegrist, fondé sur le déséquilibre entre les efforts fournis et les récompenses obtenues (qu'elles soient salariales, symboliques ou statutaires), permet d'évaluer ce risque psychosocial. Quand un salarié s'investit fortement sans recevoir de reconnaissance en retour, les conséquences sur sa santé mentale et physique peuvent être significatives.
Les conflits de valeurs
Ce facteur RPS, souvent sous-estimé, renvoie à la souffrance que ressent un salarié lorsqu'il ne peut pas exercer son métier conformément à ses convictions professionnelles ou éthiques. Réaliser un travail perçu comme inutile, fournir un service de mauvaise qualité faute de moyens, appliquer des décisions contraires à ses valeurs : ces situations engendrent une perte de sens et une "qualité empêchée" qui pèsent sur la santé mentale. Ce conflit interne peut toucher tous les secteurs d'activité, dès lors que l'organisation du travail entre en contradiction avec les valeurs fondamentales des salariés.
L'insécurité de la situation de travail
Le dernier facteur RPS porte sur l'incertitude professionnelle. La précarité de l'emploi, les contrats à durée limitée, les restructurations récurrentes, les changements organisationnels fréquents ou l'absence de visibilité sur l'avenir d'un poste ou d'un métier génèrent un stress durable. Ce facteur est particulièrement insidieux : il peut agir seul, en l'absence de tout autre élément dégradé, et maintenir les salariés dans un état d'anxiété chronique qui altère progressivement leur santé physique et mentale.
Quelles sont les conséquences des facteurs RPS pour votre entreprise ?
Les facteurs RPS ne restent jamais sans effet. Leur impact se manifeste à la fois sur la santé individuelle des salariés et sur le fonctionnement global de votre entreprise.
Conséquences pour les salariés :
- Stress chronique et troubles du sommeil ;
- Anxiété et troubles de la concentration ;
- Épuisement professionnel (burn-out) ;
- Maladies cardiovasculaires ;
- Épisodes dépressifs ;
- Troubles musculo-squelettiques (TMS).
Conséquences pour l’entreprise :
- Hausse de l’absentéisme ;
- Augmentation du turnover ;
- Baisse de la productivité ;
- Dégradation du climat social ;
- Atteinte à la marque employeur ;
- Risque de contentieux juridiques.
Les facteurs RPS sont d'autant plus néfastes qu'ils s'inscrivent dans la durée et qu'ils se combinent entre eux. Une forte charge de travail associée à un manque de reconnaissance produit des effets bien plus dommageables que chacun de ces éléments pris isolément. De même, les RPS subis, c'est-à-dire ceux sur lesquels le salarié n'a aucune prise, sont systématiquement vécus avec plus de difficulté. Il est utile de noter que les premiers à exprimer une souffrance dans une organisation sous tension sont souvent les salariés les plus investis et les plus expérimentés : un signal d'alerte que vous ne pouvez pas ignorer.
Comment agir concrètement sur les facteurs RPS dans votre entreprise ?
Identifier les facteurs RPS ne suffit pas.
L'enjeu est d'agir en amont, de manière structurée et collective, pour préserver la santé au travail de vos salariés et garantir la performance durable de votre organisation. Évaluer les facteurs RPS : une obligation inscrite dans la loi En tant qu'employeur, vous êtes tenu, en vertu des articles L. 4121-1 à L. 4121-5 du Code du travail, de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique ainsi que la santé mentale au travail de vos salariés3. Cette obligation implique d'évaluer l'ensemble des risques professionnels, y compris les facteurs RPS, et de les retranscrire dans le document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP). Ce document doit être mis à jour au minimum chaque année et à chaque changement important dans l'organisation du travail. L'absence d'évaluation expose l'employeur à une sanction contraventionnelle et, en cas d'accident, à une reconnaissance de faute inexcusable. C'est une responsabilité concrète, que la prévention des RPS vient directement soutenir.
Les étapes clés d'une démarche de prévention des facteurs RPS
Mettre en place une démarche de prévention efficace demande une approche rigoureuse, participative et progressive. Voici les étapes clés pour structurer votre démarche :
- Réaliser un pré-diagnostic à partir d'indicateurs RH concrets : taux d'absentéisme, turnover, accidents du travail, nombre de visites médicales à la demande, signalements de conflits ;
- Associer les salariés et les représentants du personnel au diagnostic, afin d'identifier les situations concrètes de travail à risque et de garantir l'adhésion aux actions mises en place ;
- Impliquer le médecin du travail, dont le rôle est exclusivement préventif et qui peut alerter sur des situations dégradées ou orienter vers les acteurs de prévention compétents ;
- Construire un plan d'action ciblant les causes identifiées pour prévenir les risques psychosociaux (RPS) : adapter la charge de travail, clarifier les rôles et les objectifs, renforcer l'autonomie des équipes, améliorer la communication interne et la reconnaissance au travail ;
- Former les managers pour qu'ils détectent les signaux faibles (isolement, baisse de motivation, tensions) et adoptent des pratiques de management protectrices pour leurs équipes ;
- Suivre et ajuster les actions mises en place en mettant régulièrement à jour le DUERP, afin de mesurer leur efficacité et de les adapter à l'évolution des situations de travail.
La prévention des facteurs RPS n'est pas uniquement une contrainte réglementaire. C'est un investissement concret en faveur du bien-être des salariés, de la cohésion des équipes et de la performance durable de votre entreprise. Agir sur l'organisation du travail, c'est choisir de construire un environnement professionnel où chacun peut donner le meilleur de lui-même, ensemble.
Vos questions fréquentes
Le rapport Gollac est-il la seule référence pour classer les facteurs RPS ?
Le rapport Gollac (2011) est la référence institutionnelle la plus utilisée en France, notamment par l'INRS et l'Anact. Il structure les facteurs RPS en 6 grandes familles. D'autres modèles académiques existent et sont complémentaires, comme le modèle de Karasek (qui croise exigences du travail et autonomie décisionnelle) ou le modèle de Siegrist (centré sur le déséquilibre entre efforts fournis et reconnaissance reçue). Ces approches ne s'opposent pas : elles permettent d'affiner le diagnostic selon les réalités de votre entreprise.
Quels sont les 3 grands types de RPS que les facteurs peuvent engendrer ?
Les facteurs RPS peuvent déboucher sur trois grandes catégories de risques pour la santé des salariés. Le stress au travail, qui survient lorsqu'un salarié perçoit un déséquilibre entre les contraintes qui lui sont imposées et les ressources dont il dispose pour y faire face. Les violences internes, qui recouvrent le harcèlement moral, le harcèlement sexuel et les conflits entre collègues ou avec la hiérarchie. Les violences externes, qui désignent les agressions ou incivilités commises par des personnes extérieures à l'entreprise (clients, usagers, patients). Ces trois types de RPS peuvent se cumuler et se nourrir mutuellement.
Les facteurs RPS concernent-ils toutes les entreprises, quelle que soit leur taille ?
Oui. Les facteurs RPS ne sont pas l'apanage des grandes organisations. Les TPE et PME y sont tout autant exposées, parfois davantage, en raison de ressources humaines et financières plus limitées pour les identifier et les traiter. L'obligation d'évaluer les risques professionnels, y compris les RPS, s'applique à tout employeur, quelle que soit la taille de l'entreprise. Le document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP) est obligatoire dès le premier salarié.
Sources :
¹ Gollac, M. et Bodier, M. (2011). Mesurer les facteurs psychosociaux de risque au travail pour les maîtriser. Rapport du collège d'expertise sur le suivi des risques psychosociaux au travail, faisant suite à la demande du ministre du Travail, de l'Emploi et de la Santé. INRS. https://www.inrs.fr/risques/psychosociaux/facteurs-risques.html
² Dares (2016). Conditions de travail et risques psychosociaux : données de l'enquête CT-RPS 2016. Ministère du Travail. https://travail-emploi.gouv.fr/conditions-de-travail
³ Legifrance (2023). Articles L. 4121-1 à L. 4121-5 du Code du travail. https://www.legifrance.gouv.fr/codes/id/LEGISCTA000006178066