Comment mettre en place la prévention des risques psychosociaux en entreprise ?

4 minute(s) de lecture
Mis à jour le


Le stress au travail, le harcèlement moral, l'épuisement professionnel... Les risques psychosociaux (RPS) touchent tous les secteurs d'activité et tous les profils de salariés, quels que soient leur poste ou leur niveau hiérarchique. Leurs conséquences pèsent à la fois sur la santé de vos équipes et sur la performance de votre organisation. Bonne nouvelle : une démarche de prévention des risques psychosociaux structurée et collective reste accessible à toute entreprise, quelle que soit sa taille. 

L'essentiel à retenir 

  • Les RPS regroupent le stress au travail, les violences internes (harcèlement moral, conflits), les violences externes et le burn-out ; 
  • Tout employeur a l'obligation légale de protéger la santé physique et mentale de ses salariés (article L.4121-1 du Code du travail) ; 
  • Six grandes familles de facteurs permettent d'identifier les situations à risques dans votre organisation ; 
  • Une démarche de prévention efficace suit cinq étapes clés et mobilise plusieurs acteurs internes et externes ; 
  • Les RPS doivent obligatoirement figurer dans le Document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP), mis à jour au minimum une fois par an.

Que sont les risques psychosociaux (RPS) ?

Les risques psychosociaux sont des risques professionnels à part entière. Ils se situent à la croisée de l'individu et de son environnement de travail, entre la personne et l'organisation dans laquelle elle évolue. L'INRS les classe en six familles, selon la catégorisation proposée par Gollac et Bodier1 :

  • Intensité et temps de travail ; 
  • Exigences émotionnelles ; 
  • Manque d'autonomie ; 
  • Rapports sociaux au travail dégradés ;
  • Conflits de valeurs ; 
  • Insécurité de la situation de travail. 

Concrètement, trois grandes catégories de risques psychosociaux coexistent au sein de l'entreprise. 

1. Le stress au travail survient lorsqu'un salarié perçoit un déséquilibre entre les contraintes imposées par son environnement professionnel et les ressources dont il dispose pour y faire face. 

2. Les violences internes, comme le harcèlement moral ou les conflits exacerbés entre salariés, fragilisent les collectifs de travail. 

3. Les violences externes, telles que les agressions ou incivilités commises par des personnes extérieures à l'entreprise, concernent notamment les salariés en contact direct avec le public. 

Le burn-out, ou épuisement professionnel, est souvent la conséquence d'une exposition prolongée à ces situations dégradées. Il est important de comprendre que ces risques interagissent entre eux. Un niveau de stress élevé peut favoriser l'apparition de tensions internes, qui à leur tour accentuent le stress collectif. C'est pourquoi la prévention des RPS doit s'attaquer aux facteurs qui les alimentent.

Quels facteurs favorisent l'apparition des risques psychosociaux en entreprise ?

Les RPS ont rarement une seule cause. Ils trouvent généralement leur origine dans l'organisation du travail et les conditions dans lesquelles vos salariés exercent leur activité, bien plus que dans des fragilités individuelles. Les expositions psychosociales perçues par les individus sont en grande partie déterminées par l'organisation du travail mise en place au sein de l'entreprise. Identifier ces facteurs avec précision est une étape indispensable pour agir efficacement. 

Six grandes familles de facteurs permettent de cartographier les situations à risques dans votre organisation : 

  • Les exigences au travail : surcharge de tâches, délais irréalistes, instructions contradictoires, interruptions fréquentes ou horaires imprévisibles ; 
  • Les exigences émotionnelles : obligation de masquer ses émotions, contacts difficiles avec le public, exposition à la violence verbale ou physique ; 
  • Le manque d'autonomie : faibles marges de manœuvre, impossibilité de participer aux décisions, sous-utilisation des compétences ; 
  • La qualité des relations de travail : manque de soutien de la hiérarchie ou des collègues, absence de reconnaissance, isolement au sein des équipes ; 
  • Les conflits de valeurs : sentiment de réaliser un travail inutile, contraire à ses convictions ou à ses valeurs professionnelles ; 
  • L'insécurité de la situation de travail : précarité du contrat, réorganisations mal anticipées, changements de poste subis sans préparation. 

Ces facteurs ne fonctionnent pas de manière isolée. Ils se combinent et s'amplifient mutuellement. Par exemple, une surcharge de travail couplée à un manque de reconnaissance et à un faible soutien managérial crée des conditions particulièrement propices à l'épuisement professionnel. C'est la raison pour laquelle votre démarche de prévention doit appréhender l'ensemble de ces dimensions, et non les traiter séparément.

Quelles sont les conséquences des RPS pour vos salariés et votre entreprise ?

Les conséquences des risques psychosociaux sont doubles : elles touchent d'abord la santé de vos salariés, puis se répercutent sur le fonctionnement de votre organisation. En France, le coût social du stress au travail, incluant les dépenses de soins, les coûts liés à l'absentéisme, aux cessations d'activité et aux décès prématurés, a été estimé entre 2 et 3 milliards d'euros (étude INRS et Arts et Métiers ParisTech). ² Ce chiffre est par ailleurs qualifié d'évaluation a minima, car il ne prend en compte qu'une partie des situations stressantes. 

Pour les salariés, les RPS peuvent notamment entraîner : 

  • des troubles anxieux et dépressifs ; 
  • un épuisement professionnel ou burn-out ; 
  • des troubles musculosquelettiques ; 
  • des maladies cardiovasculaires ; 
  • des troubles du sommeil ; 
  • un risque suicidaire. 

Pour l’entreprise, ils peuvent notamment se traduire par : 

  • une hausse de l’absentéisme ; 
  • une augmentation du turn-over ; 
  • une dégradation du climat social ; 
  • une baisse de la productivité ; 
  • une désorganisation des équipes ; 
  • une atteinte à l’image employeur. 

Les conséquences des RPS impactent donc non seulement la santé des salariés, mais aussi le fonctionnement des entreprises : démotivation du personnel, hausse de l'absentéisme au travail, dégradation de l'image de l'entreprise. ³ De plus, une exposition à une demande psychologique élevée augmente le risque de troubles musculosquelettiques de 30 %, tandis que le risque de burn-out est multiplié par 2,53 dans les contextes de déséquilibre entre les efforts fournis et les récompenses reçues. ⁴ Ces données rappellent que les coûts directs et indirects des RPS justifient pleinement l'investissement dans une démarche de prévention.

Comment mettre en œuvre une démarche de prévention des risques psychosociaux ?

Mettre en place une prévention efficace repose sur deux piliers complémentaires : une méthode structurée en étapes et la mobilisation coordonnée des bons acteurs au sein de votre entreprise. Ces deux dimensions sont indissociables pour construire une démarche durable et véritablement collective. 

Les étapes clés d'une démarche de prévention efficace 

Il n'y a pas de solutions toutes faites pour lutter contre les risques psychosociaux. Les facteurs de risques peuvent être différents d'une entreprise à l'autre ou d'une situation de travail à l'autre. Chaque entreprise doit réaliser une démarche de prévention à la source et rechercher les solutions de prévention des risques psychosociaux les plus appropriées. 

Voici les cinq étapes incontournables pour structurer votre action : 

1. Préparer la démarche : définissez les règles du jeu avec les instances représentatives du personnel (IRP) et formalisez les engagements de la direction. Cette phase pose les bases de confiance indispensables à la réussite de l'ensemble du processus. 

2. Analyser les situations de travail réel : identifiez les facteurs de risques présents dans chaque unité de travail, via des questionnaires validés, des observations terrain ou des entretiens. L'objectif est de comprendre comment vos salariés travaillent réellement, avec leurs contraintes et leurs ressources. 

3. Élaborer un plan d'actions : construisez des réponses ciblées à partir des résultats du diagnostic. Le plan d'actions gagne à être co-construit avec les salariés et l'encadrement, pour que les solutions soient adaptées aux situations concrètes identifiées. Ce plan d'actions intègre les résultats dans le Document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP).

4. Mettre en œuvre les actions : désignez des personnes responsables de chaque action, allouez les moyens nécessaires et fixez des délais réalistes. Un tableau de bord facilite le suivi de l'avancement. 

5. Suivre et évaluer les effets : mesurez l'efficacité des mesures prises, ajustez-les si nécessaire et intégrez durablement la prévention des RPS dans votre démarche globale de prévention des risques professionnels. 

Quels acteurs mobiliser dans votre entreprise ? 

La prévention des risques psychosociaux n'est pas l'affaire exclusive de la direction des ressources humaines. C'est une responsabilité partagée qui nécessite l'implication de plusieurs acteurs clés. 

La direction joue un rôle central : elle porte l'engagement de l'entreprise, alloue les ressources et valide le plan d'actions. Sans signal fort de sa part, la démarche peine à convaincre. 

Les managers de proximité sont les premiers témoins des signaux d'alerte au quotidien. Leur capacité à détecter les situations à risques et à soutenir leurs équipes est un levier décisif de prévention. 

Le Comité Social et Économique (CSE) doit être consulté à chaque étape clé. Il est le garant de la participation des salariés et assure le lien entre les équipes et la direction. 

Le médecin du travail joue un rôle exclusivement préventif et peut conseiller l'employeur sur la mise en place de l'évaluation des risques, alerter sur des situations dégradées et contribuer à l'analyse des indicateurs de santé au travail. 

Un consultant RPS référencé peut enfin être utile pour structurer la démarche grâce à un regard externe et neutre, en particulier dans les situations de blocage ou de dialogue social complexe. 

À noter que les entreprises de moins de 50 salariés peuvent bénéficier d'un financement partiel allant jusqu'à 70 % des coûts via la subvention "RPS Accompagnement" de l'Assurance Maladie, Risques professionnels.

Quelles obligations légales s'imposent à l'employeur en matière de prévention des RPS ?

La prévention des RPS n'est pas seulement une bonne pratique managériale : c'est une obligation légale. Connaître ce cadre vous permet d'agir de manière éclairée et proactive. 

L'article L.4121-1 du Code du travail impose à l'employeur de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et la santé mentale au travail de ses salariés.⁵ Cette obligation repose sur les neuf principes généraux de prévention définis à l'article L.4121-2, parmi lesquels figurent l'évaluation des risques à la source, la mise en place d'une organisation adaptée et la planification d'actions de prévention cohérentes. 

Sur le plan conventionnel, deux accords nationaux interprofessionnels (ANI) encadrent spécifiquement les RPS. L'accord national interprofessionnel sur le stress au travail a été signé le 2 juillet 2008 et rendu obligatoire par un arrêté ministériel du 23 avril 2009.6 L'accord national interprofessionnel sur le harcèlement et la violence au travail a été signé le 26 mars 2010 et étendu par un arrêté du 23 juillet 2010. Il invite les entreprises à déclarer clairement que le harcèlement et la violence sur le lieu de travail ne sont pas tolérés et à prévoir des mesures appropriées de gestion et de prévention.6 

Concernant le DUERP, le Document unique d'évaluation des risques professionnels doit obligatoirement intégrer les risques psychosociaux depuis la loi du 2 août 2021. L'employeur doit y recenser l'ensemble des risques professionnels auxquels sont exposés les salariés, y compris les RPS, et prévoir un plan d'action pour les prévenir. Ce document doit être actualisé au minimum une fois par an. 

En cas de manquement, la responsabilité pénale de l'employeur pourra être engagée sur la base du Code du travail ou du Code pénal. Sa responsabilité civile pourra être recherchée en cas de faute inexcusable. 6 L'objectif n'est pas de vous alerter par la crainte, mais de souligner que prévenir les RPS protège à la fois vos salariés et votre entreprise. 

La prévention des risques psychosociaux est bien plus qu'une obligation réglementaire : c'est un investissement dans la santé de vos salariés et dans la performance durable de votre entreprise. Une démarche structurée, portée collectivement, produit des résultats concrets et mesurables sur le bien-être au travail, l'absentéisme et la qualité de vie des équipes. Pour passer à l'action, commencez par une première étape concrète : réunissez votre CSE, consultez votre médecin du travail ou réalisez un premier état des lieux de votre organisation. C'est ainsi, ensemble, que vous construisez un environnement de travail plus sain et plus performant.

Vos questions fréquentes

Quels sont les trois niveaux de prévention des RPS ? 

On distingue trois niveaux d'intervention complémentaires. La prévention primaire agit directement sur les causes en modifiant l'organisation du travail : c'est le niveau le plus efficace et celui que privilégie toute démarche structurée. La prévention secondaire vise à renforcer les ressources des salariés face aux situations de stress, notamment via des formations à la gestion des émotions ou à la communication. La prévention tertiaire intervient après coup, pour accompagner les salariés déjà touchés, par exemple via un soutien psychologique ou un dispositif de retour à l'emploi après un burn-out. Ces trois niveaux sont complémentaires, mais agir uniquement sur les niveaux secondaire et tertiaire sans s'attaquer aux causes profondes reste insuffisant. 

Les salariés ont-ils un rôle à jouer dans la prévention des RPS ? 

Oui, et leur implication est même indispensable à la réussite de la démarche. Les salariés sont les mieux placés pour identifier les situations concrètes qui génèrent du stress ou des tensions dans leur quotidien professionnel. Leur participation à l'étape de diagnostic, via des questionnaires ou des groupes de travail, permet de construire un plan d'actions ancré dans la réalité du terrain. Impliquer les salariés, c'est aussi s'assurer que les solutions retenues seront comprises, acceptées et effectivement appliquées. 

Existe-t-il des aides financières pour accompagner les entreprises dans la prévention des RPS ? 

Oui. Les entreprises de moins de 50 salariés peuvent bénéficier d'un financement partiel pouvant atteindre 70 % des coûts d'accompagnement via la subvention "RPS Accompagnement" proposée par la branche Risques professionnels de l'Assurance Maladie. Ce dispositif permet de faire appel à un consultant spécialisé pour structurer la démarche de prévention avec un regard externe, ce qui est particulièrement utile lorsque le dialogue social est complexe ou que l'entreprise ne dispose pas des ressources internes nécessaires.

Sources :

1 INRS. (2025). Risques psychosociaux au travail et effets sur la santé des salariés. Communiqué De Presse - INRS. https://www.inrs.fr/header/presse/cp-expositions-psychosociales-effets-sante.html 

2 INRS et Arts et Métiers ParisTech. (2007). Coût social du stress professionnel en France. Institut national de recherche et de sécurité. https://www.inrs.fr/risques/stress/consequences-entreprise.html 

3 INRS. (2024). Risques psychosociaux : les clés pour agir. Institut national de recherche et de sécurité. https://www.inrs.fr/publications/outils/methodesRPS.html 

4 Santé au Travail 72. (2025). RPS et effets sur la santé des salariés : des liens confirmés - Santé au Travail 72. Santé au Travail 72. https://www.st72.org/rps-et-effets-sur-la-sante-des-salaries-des-liens-confirmes/ 

5 Légifrance. (2021). Loi n° 2021-1018 du 2 août 2021 pour renforcer la prévention en santé au travail. Gouvernement français. https://www.legifrance.gouv.fr 

6 INRS. (2024). Risques psychosociaux (RPS). Réglementation. Institut national de recherche et de sécurité. https://www.inrs.fr/risques/psychosociaux/reglementation.html